Plus de femmes dans les conseils d’administration ? Une urgence pour Katja Gentinetta

QBHP-8949u’est-ce qui nous anime, qu’est-ce qui nous fait progresser ? Dans ce monde submergé d’informations, empreint d’incertitudes et d’idées préconçues, il est plus que jamais important d’aller au fond des choses. Réfléchir sur les thèmes de société, analyser les questions brûlantes, identifier les principaux défis, trouver des solutions pragmatiques et les diffuser, sont les compétences clés de Katja Gentinetta. Philosophe, auteure de plusieurs ouvrages, elle est aussi modératrice de débats et animatrice d’émissions télévisées.

Damier : Que pensez-vous de l’initiative de l’UPS qui vient de recenser 400 femmes, dont vous faites partie, assez méritantes pour être nommées dans le Conseil d’administration d’une entreprise ? Est-ce que cette initiative va accélérer la  nomination de femmes ?

Katja Gentinetta : J’espère que oui et je trouve que c’est une bonne initiative. Cela fait quelques années que je suis active dans le monde économique et on dit partout qu’il faudrait davantage de femmes dans les hautes fonctions mais qu’on ne les trouve pas, une excuse que l’on entend souvent. Suite à cette initiative importante de l’UPS, il existe maintenant une liste qui présente quatre cents femmes, je trouve cela très bien.

Damier : Faut-il considérer cette liste comme une incitation faite aux entreprises pour nommer davantage de femmes dans leur Conseil d’administration ?

K.G. : C’est ainsi que je le comprends et cette liste ne permet plus aux entreprises de se dérober. Elle suscite une vraie prise de conscience.

Damier : Seriez-vous favorable à un quota fixé par la loi, voire limiter les cumuls pour permettre à davantage de femmes d’être nommées ?

K.G.  : Je crois à la liberté du marché, c’est un principe important dans ces questions-là. Je ne suis pas en faveur d’une limitation, les disponibilités varient d’une personne à l’autre, selon son organisation et ses engagements, c’est individuel. En ce qui concerne les quotas, j’ai toujours été contre. Mais ces derniers mois, j’ai pensé que si vraiment rien ne change, cela pourrait être une solution ou au moins une menace pour les entreprises si elles ne bougent pas. Cette liste constitue un avertissement pour éviter les quotas.

Damier : La sous-représentation des femmes dans les Conseils d’administration n’est-ce pas aussi une conséquence de leur difficulté à accéder aux postes de direction ?

K.G. : Bien sûr, et il n’y a pas que des raisons objectives pour de telles différences entre hommes et femmes à la tête d’entreprises. En particulier lorsque l’on considère le nombre de femmes qui ont suivi des études universitaires, qui sont actives professionnellement et qui, dès qu’elles ont atteint un certain niveau, ne progressent plus dans la hiérarchie. La cause ne peut pas être un manque de compétence. Il doit y avoir d’autres obstacles…

Damier : Justement en parlant d’obstacles, quels sont les obstacles matériels ou techniques à lever pour voir davantage de femmes entrer dans les Conseils d’administration d’ici 2020 ?

K.G. : Il y a à mon avis deux aspects à considérer. Le premier concerne les femmes avec enfants. Si l’on compare la Suisse avec la France et les pays nordiques par exemple, ces pays ont mis en place des structures d’accueil pour les enfants, des garderies, des cantines dans les écoles. En Suisse, c’est une question qui n’a jamais vraiment été résolue. Aux familles et aux entreprises de trouver des solutions alors que c’est tout le système scolaire qui est concerné pour une meilleure prise en charge des enfants qui libérerait les femmes. D’autre part, on ressent souvent une réserve à l’égard des femmes, avec ou sans enfants, sur leur capacité à assumer des responsabilités importantes. Je l’observe lors des débats publics, c’est toujours en dernier lieu que l’on pense à intégrer une femme dans les panels de discussion.

Damier : Est-ce qu’il y a des profils de femmes qui sont plus particulièrement recherchés ?

K.G. : Il faut certainement des femmes capables et hautement qualifiées comme c’est aussi le cas des hommes recherchés pour de tels mandats. Même lorsque les femmes répondent aux qualifications requises, je constate une certaine méfiance sur leurs capacités et compétences.

Damier : Le Career Women Forum et le Financial Times par exemple proposent une formation de Non-Executive Director, est-ce que cela augmente les chances d’être nommé ?

K.G. : Pourquoi pas, c’est une bonne idée. En Australie par exemple, ces cours sont obligatoires et les trois sujets sont gouvernance, finance et strategy.

Damier : Avez-vous quelques conseils pour aider les femmes à se promouvoir ?

K.G. : Le réseautage bien sûr, mais cela ne suffit pas. Il existe déjà beaucoup de groupes qui tissent des liens entre eux et cette liste est un élément de plus. J’espère qu’il y a en aura d’autres.

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