Corinne ou l’Italie, le roman-fleuve de Germaine de Staël au titre singulier

corinneL’intrigue est digne d’un excellent thriller. Tout commence par une rencontre invraisemblable à Rome. Celle de Corinne, poétesse admirée pour son génie, et d’Oswald, lord anglais de passage dans la ville éternelle. Fasciné par l’esprit et la grâce de Corinne, il la suit dans les plus beaux endroits de Rome « on peut y découvrir un charme dont on ne se lasse jamais » jusqu’au jour où leur passé inconsciemment lié resurgit. S’ensuit un retournement de situation rocambolesque qui tient le lecteur en haleine… pendant plus de six cents pages.

Bien que l’héroïne « Corinne » ne soit pas née dans l’esprit de Germaine de Staël en Italie, mais à Weimar alors qu’elle assistait à une représentation de La Saalnix, l’ambiguïté du titre laisse songeur. Faut-il voir dans Corinne ou l’Italie un guide de voyage ou l’histoire d’une femme ? Michel Delon, professeur de littérature à l’Université Paris-Sorbonne et spécialiste du siècle des Lumières, nous répond :

La dualité du titre du roman Corinne ou l’Italie intrigue, que faut-il comprendre ?

Michel Delon : Le personnage de Corinne est une allégorie ou un symbole de l’Italie, l’histoire de sa vie de femme et de créatrice sert à s’interroger sur le destin d’un pays qui a été essentiel dans le devenir de l’Occident et qui, au tournant du XVIIIe au XIXe siècle, est morcelé et occupé par plusieurs puissances étrangères.

Corinne, l’héroïne principale du roman, mène une vie exceptionnelle en toute liberté. La société italienne était-elle plus permissive que celle des pays voisins au début du 19e siècle ?

Michel Delon : L’Italie est alors un pays marqué par l’emprise catholique et n’a rien de permissif, mais des coutumes comme celle du sigisbée troublent les voyageurs qui ont des difficultés à interpréter ces couples à trois. Corinne représente l’Italie, mais elle est britannique par son père, elle a fui en Italie et la liberté qu’elle revendique est plutôt une conquête personnelle.

Germaine de Staël y décrit avec passion l’effet enchanteur de la musique italienne « …de tous les beaux-arts c’est celui qui agit le plus immédiatement sur l’âme… » écrit-elle. Quelle est la source d’un tel engouement ?

Michel Delon : Corinne est poétesse et musicienne, elle improvise sur son luth. À la différence des arts plastiques qui s’adressent à la sensualité, la musique serait un art spirituel qui parlerait directement à l’âme sans pouvoir être traduite en mots ni en images.

Comment expliquez-vous la fascination qu’exerce Germaine de Staël près de deux cents ans après sa disparition ? 

Michel Delon : Nous redécouvrons aujourd’hui Germaine de Staël comme une femme qui a voulu concilier vie personnelle et vie publique, création artistique et engagement, passions amoureuses et réflexion intellectuelle, mais aussi libéralisme économique et cohésion sociale.

Découvrez la conférence de Michel Delon au Château de Coppet dans le cadre des Rencontres de Coppet.

Réalisé par Ann Bandle pour les Rencontres de Coppet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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