Ils ont changé le monde sur le Léman

Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Germaine de Staël, Lord Byron, François-René de Chateaubriand, Stendhal, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Romain Rolland.

 Ces dix auteurs sont venus entre 1754 et 1914 sur les bords du Léman. Pourquoi ? Pour échapper à la censure, à la prison, aux créanciers ou à la mort, ils ont quitté leur pays, la France ou l’Angleterre. Ils ont posé leurs valises quelques heures ou quelques années en Suisse. Là, dans ce pays entre lacs et montagnes, ils ont retrouvé la santé, la liberté ou l’inspiration. Ils ont respiré à pleins poumons l’air frais du Saint Bernard. Ils ont repris leur envol, reconquis leur plume et réinventé le monde. Malgré les doutes, malgré les déchirures, car l’exil dixit Hugo, « ce n’est pas rien et ceux, qui le croient, se trompent ».

Voltaire et Rousseau, frères ennemis

A Genève, à Lausanne ou Clarens, Voltaire avec son Traité sur la tolérance, puis Rousseau, avec le Contrat Social vont diriger l’opinion pendant un siècle. A coup de factums et de traités, les deux philosophes et  bientôt frères ennemis précipiteront la chute de la Monarchie en 1789. Mais entre deux pamphlets, ils n’en oublient pas moins de célébrer la splendeur des rives du Léman, la délicatesse de ses côtes, la magie de ses couchers de soleil. Physiocrate ou écologiste avant l’heure, Voltaire finance des agriculteurs à Ferney et monte des pièces de théâtre à Lausanne. Rousseau herborise à Clarens pour purger son âme avant de connaître l’enfer à Genève et de partir se réfugier à Londres.  En 1793, coup de tonnerre à Paris, l’exécution de Louis XVI déplace la capitale des Lumières de Paris au château de Coppet où Germaine de Staël reçoit les plus beaux esprits européens. Châteaubriand y rencontre sa belle Juliette (Récamier) et se réfugie plusieurs fois en Suisse pour échapper aux geôles françaises. Régime constitutionnel, suffrage universel, droit de vote feront les belles soirées de Coppet entre amours rêvées ou perdues, avant de redessiner la carte du monde.

Victor Hugo, Stendhal, Dumas en pèlerinage

Plus tard, le poète Byron, corseté dans l’Angleterre Victorienne renaitra à Chillon, tel le phénix des eaux de Vevey. Lui aussi comme Voltaire et Rousseau, s’enthousiasme pour la nature idyllique des paysages suisses. Éclectique, il se passionne pour les héros romantique du Pays de Vaud, mais apprécie aussi l’amabilité de ses vins, qui se boit frais comme l’eau des glaciers ! La Byronmania a frappé et avec lui la ruée vers la riviera romande. De 1840 à 1850, près d’une cinquantaine d’ouvrages sur la Suisse sortent chaque année.  Victor Hugo, Stendhal, Dumas, héros du romantisme viennent en pèlerinage. L’âge d’or des palaces suisses commence. Les touristes du monde entier se pressent chaque année pour découvrir le Rigi, les lacs de l’Engadine ou du Léman. Si celles-ci sont idylliques, c’est pourtant de ces mêmes rivages qu’en 1869, à la veille d’une nouvelle révolution en France, que le Père des Misérables en appelle à la création des États Unis d’Europe. Ultime recours pour éviter le chaos ?  Déjà les empires autocratiques du Vieux Continent s’enfoncent dans la paralysie. Et c’est bien dans la capitale vaudoise, comme dans un ilot de sagesse au milieu du tumulte grandissant que le Congrès de la Paix bataille pour la fraternité entre les hommes.

Redécouvrir leur séjour en Suisse

Oui, de Vevey à Coppet, de Lausanne à Genève, Voltaire, Rousseau, De Staël, Byron, Chateaubriand, Stendhal, Flaubert, Dumas, Rolland, ces exilés ont voulu changer le monde.

Redécouvrir les circonstances de leur séjour en Suisse, emprunter la route de leur exil, cheminer sur leurs pas de Ferney au Col du Saint-Gothard, c’est retrouver en leur compagnie, au fil de leurs écrits plus actuels que jamais, leur amour pour la nature et le goût de la liberté qu’ils nous ont légué pour l’éternité.

Ils ont changé le monde sur le Léman
Auteurs : Béatrice Peyrani / Ann Bandle
Paru aux éditions Slatkine – janvier 2020

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