Célébrons joyeusement le cinquantenaire de la Collection de l’Art Brut

CAB-poya, Wed Jan 14, 2009, 3:00:27 PM, 8C, 7884×10574, (114+2), 100%, Courbe-OK, 1/8 s, R41.6, G0.0, B14.8
Elle a transformé la vie d’une pop star comme David Bowie. Elle a enchanté et continue d’enchanter artistes et touristes du monde entier. La Collection de l’Art Brut de Lausanne attire plus de 40 000 visiteurs par an. Ce musée, hors norme, fête ses cinquante ans. L’occasion de dévoiler, dès le 28 février, trois cents œuvres majeures créées loin des sentiers battus de l’académisme.
La Collection de l’Art Brut de Lausanne n’aurait jamais vu le jour en 1976 sans Jean Dubuffet, peintre et sculpteur français né au Havre en 1901. Issu d’une famille de négociants en vin, il se passionne très tôt pour le dessin. À dix-sept ans, il suit les cours du soir de l’École des beaux-arts de sa ville natale. Bac en poche, il rejoint Paris et fréquente durant quelques mois l’Académie Julian et la bohème de Montparnasse, croisant des figures aussi influentes que Suzanne Valadon ou Max Jacob.
Pourtant pendant près de vingt ans, Dubuffet met largement entre parenthèses sa pratique artistique pour gérer l’entreprise familiale. Ce n’est qu’en 1942, démobilisé, qu’il reprend véritablement les pinceaux, malgré ses doutes et son scepticisme. Convaincu que « l’art culturel » s’enlise dans des voies trop étroites — celles des écoles et des académies —, il se tourne vers les dessins d’enfants, s’immisce dans les arts populaires. Il y découvre une source inattendue de libération créatrice.
À la sortie de la guerre, en 1945, Dubuffet s’impose comme une figure aussi scandaleuse que radicalement novatrice. Invité en Suisse par l’Office national du tourisme, il visite le pays à sa manière : hôpitaux, asiles, prisons. Il y repère les œuvres produites par ces internés tous autodidactes, notamment grâce à son ami, Charles Ladame, directeur de l’asile psychiatrique de Bel-Air. À son retour en France, Dubuffet élabore une théorie qu’il nomme l’art brut : un territoire de création, affranchi des références académiques. Deux caractéristiques selon lui, différencient l’art brut de la culture traditionnelle : une violence à la source de la création et une aspiration vers la liberté.
En 1949, il présente l’Exposition d’Art Brut préféré aux arts culturels » dans la prestigieuse galerie René Drouin, place Vendôme à Paris. Au fil des années, il continue de rassembler des œuvres produites par ces créateurs hors norme et hors circuit. En 1971, il fait don à la Ville de Lausanne de sa collection, alors composée d’environ 5 000 pièces réalisées par 133 artistes. Le premier musée public consacré à l’art brut ouvre ainsi ses portes en 1976 dans la capitale vaudoise.
Un fil rouge tiré de l’imagerie suisse
Cinquante ans plus tard, la Collection s’est considérablement étoffée et compte près de 70 000 œuvres. Pour célébrer ce jubilé, la conservatrice du musée, Sarah Lombardi, a choisi de présenter une sélection de trois cents œuvres — dessins, peintures, sculptures, broderies, écrits et assemblages — toutes réalisées par des auteurs et autrices suisses ou ayant créé en Suisse. Certaines proviennent bien sûr du fonds historique hérité de Jean Dubuffet, d’autres ont intégré la collection depuis 1976.
Hans Krüsi, sans titre entre 1975 et 1995. Gouache, peinture acrylique sur carton. 32,4 X 37 cm. Photo : atelier de numérisation- Ville de Lausanne- Collection de l’Art Brut, Lausanne.

Benjamin Bonjour, sans titre, 1979, craie grasse sur papier 30 X 40. Photo : atelier de numérisation- Ville de Lausanne- Collection de l’Art Brut, Lausanne.

« Tout ce corpus d’œuvres est unique et reflète la singularité des modes d’expression imaginés par des autodidactes que rien ne destinait à la création artistique », souligne Sarah Lombardi. Néanmoins, quelques motifs propres à l’imagerie suisse se dégagent, comme la nature, les montagnes, les trains, sans oublier les vaches — animaux issus du monde rural que Dubuffet avait lui-même représentés dans sa jeunesse et qu’il avait ainsi magnifiés.Les visiteurs pourront ainsi admirer, entre autres, les vaches de l’ouvrier agricole Hans Grützi, les attelages de la genevoise Berthe Urasco ou encore les montagnes du colporteur Benjamin Bonjour, aux côtés des fameux dessins d’Aloïse Corbaz. Ancienne gouvernante en Prusse à la cour de Guillaume II, internée en 1918 à l’asile de Cery, elle est aujourd’hui devenue l’une des stars mondiales de l’art brut.De quoi fêter à la Collection de l’Art Brut joyeusement son cinquantenaire !
Béatrice Peyrani
L’impressionnante programmation événementielle durant l’année des 50 ans, est disponible en ligne sur le site de la Collection de l’Art Brut de Lausanne. À noter d’ores et déjà dans vos agendas : l’exposition Écrits d’Art Brut Suisses qui se tiendra à la Fondation Michalski du vendredi 5 juin au dimanche 30 août 2026. 
Berthe Weill, le regard d’une pionnière
« Place aux jeunes ! ». Au tournant du XXᵉ siècle, alors que le monde de l’art reste dominé par les académismes et les certitudes, Berthe Weill fait un pari fou : défendre l’inconnu, l’audace et la modernité naissante. Visionnaire, elle sera la première galeriste à exposer, dès 1901, un jeune peintre espagnol encore sans le sou : Pablo Picasso. Elle révélera aussi Matisse, Modigliani ou Van Dongen, anticipant de plusieurs années l’émergence de l’art moderne. Jusqu’au 26 janvier 2026, le musée de l’Orangerie à Paris rend hommage à cette femme au flair exceptionnel, longtemps reléguée aux marges de l’histoire de l’art.
Rien ne prédestinait Berthe Weill à devenir l’une des figures clés de l’avant-garde parisienne. Née le 20 novembre 1865 dans une famille modeste d’origine juive, elle grandit entre un père chiffonnier et une mère couturière. Cinquième d’une fratrie de sept enfants, elle doit très tôt travailler, malgré une santé fragile. À quinze ans, elle entre en apprentissage chez Salvator Mayer, un cousin éloigné, marchand de tableaux et d’estampes installé rue Lafitte, au cœur du marché de l’art parisien, à deux pas de l’Hôtel Drouot. Là, Berthe apprend le métier, affine son regard et développe une intuition rare. À la mort de son mentor, en 1896, elle a trente et un ans — et un choix à faire. Au lieu de chercher une situation stable, elle ose l’impensable pour une femme sans fortune ni réseau : s’installer à son compte. En 1900, elle ouvre une petite boutique d’antiquités et d’objets d’art au 25 rue Victor-Massé, dans le quartier populaire de Pigalle.
C’est là qu’elle rencontre le marchand d’art Pedro Mañach, fils d’un industriel catalan qui lui présente un de ses compatriotes peintres : un certain Pablo Picasso. Il a dix-neuf ans, parle à peine français et vit dans une extrême précarité. Berthe est conquise. Elle est la première à lui acheter une suite de courses de taureaux : « 100 francs les trois tableaux » qu’elle revend 150 francs à l’éditeur Adolphe Brisson. La jeune femme visite l’atelier de Pablo. Elle repère immédiatement son Moulin de la Galette et convainc Arthur Huc, directeur du journal La Dépêche, d’acheter la toile pour 250 francs, une somme relativement importante pour un peintre encore peu lancé. L’œuvre est depuis devenue iconique. Elle appartient aujourd’hui aux collections du Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Lire la suite

À travers 80 tableaux, le Musée d’art de Pully met en lumière l’influence de Ferdinand Hodler sur une génération d’artistes. Figure idolâtrée ou contestée… ? À n’en point douter, un maître à l’aura irréfutable !
Son nom rivalise avec ceux de Rodin ou de Klimt. À Paris, Hodler est qualifié par le Musée d’Orsay de chef de file de la modernité. Ce génial inventeur du parallélisme est célébré en Allemagne, en Autriche et même au-delà, et se voit distingué par plusieurs récompenses honorifiques. Peu avant sa disparation en 1918, il assiste à une rétrospective de ses œuvres au Kunsthaus de Zurich. Une reconnaissance qui le sacre figure tutélaire de l’art suisse.
Genève, ville d’adoption
Bien que né à Berne, c’est à Genève que Ferdinand Hodler s’établit à l’âge de dix-neuf ans. Le novice en peinture perfectionne sa technique en suivant les cours de Barthélemy Menn, directeur des Beaux-Arts de Genève. Par la suite, il enseigne lui-même à l’école des arts et des métiers de Fribourg, sans pour autant quitter la cité du bout du lac. À la Grand-Rue, puis rue du Mont-Blanc où il vivra jusqu’à son dernier souffle, il produit une œuvre prolifique, innovante et inspiratrice, jalonnée de réalisations monumentales, à l’image de sa puissante personnalité.
Le précurseur de l’art suisse
L’exposition du Musée d’art de Pully « Hodler. Un modèle pour l’art suisse » s’intéresse à la manière dont les artistes se sont inspirés des préceptes du peintre. D’une salle à l’autre, le public se promène au cœur d’un large panorama entre lacs et montagnes où l’on voit défiler le vertigineux Grammont scintillant sous le soleil, le Léman voilé à cet instant précis par d’épais nuages noirs. Plus loin, la marée montante à l’embouchure de l’Aubonne, autant de paysages pittoresques croqués par les artistes suisses. Autour d’une quinzaine de tableaux de Ferdinand Hodler, s’alignent ceux de Félix Vallotton, Marcel d’Eternod, Cuno Amiet… L’émotion ressentie est intense.
Parmi ces talents, on admire la sublimité de La Risle près de Berville (illustré) de Félix Vallotton, La route de Saint-Georges de Jean Daniel Ihly – deux œuvres qui évoquent le parallélisme de Hodler – Pré jaune avec arbre de Cuno Amiet en quête de simplicité formelle, ou encore Le Grammont sous les pinceaux de Marcel d’Eternot et d’Oswald Pilloud que l’on compare involontairement à ceux du précurseur. Ont-ils répliqué les préceptes de Ferdinand Hodler ? Assurément, sa passion absolue des belles contrées… Par leur génie, tous ont participé à l’effervescence de la scène picturale au tournant du XXe siècle et, indéniablement, se sont accaparé son adage « L’art, c’est le geste de la beauté ».
Ann Bandle
Anker : les enfants d’abord !
Le peintre bernois Albert Anker a peint 500 portraits d’enfants issus de tous milieux. Pourquoi cette attention si particulière et bienveillante sur le monde des tout-petits? Représentés souvent en train de jouer ou d’étudier, le regard singulier du peintre intrigue quand son époque assigne encore l’enfant des classes populaires à rejoindre la cohorte de travailleurs à bas coût, jugée nécessaire au fonctionnement de la révolution industrielle émergeante ! Une vision que ne partage pas Anker, artiste mais aussi fervent militant de la culture et de l’éducation de la toute jeune Confédération suisse, comme le souligne la fondation Gianadda Martigny dans une nouvelle exposition très justement baptisée… Anker et l’enfance.
Fillettes lisant ou jouant avec des chats, garçon faisant des bulles ou adolescents se préparant au cours de gymnastique, enfants à la crèche… Albert Anker a peint plus de 500 portraits d’enfants sur les 796 œuvres recensées au catalogue raisonné des peintures de l’artiste. Pourquoi une telle attention sur le monde des tout-petits des milieux populaires dans une époque qui au mieux les ignorait au pire ne voyait en eux qu’un réservoir de main d’œuvre bon marché ! Lire la suite
Nicolas de Staël, le besoin de penser peinture
L’exposition consacrée à Nicolas de Staël par la Fondation de l’Hermitage – comme un prolongement à celle de Paris – soulève la même effervescence du public. Dans un cadre plus intime, elle n’en est pas moins exceptionnelle.
Tout est sublime, tout est grandeur. Du haut de ses deux mètres, Nicolas de Staël pose dans son atelier, chemise blanche et pantalon noir, moderne et élégant, les yeux cernés. Il est beau, l’allure d’une star de cinéma. Autour de lui, des œuvres jonchent le sol. À 40 ans, il est au sommet de son art et de sa gloire. Rien ne laisse présager l’imminence d’une tragédie. La fin de ses tourments.
Retour sur un artiste au talent fulgurant
Né à Saint-Pétersbourg en 1914, Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein descend d’une ancienne famille aristocratique. Chassés par la révolution bolchévique en 1919, ses parents se réfugient en Lituanie, puis en Pologne. Ils ne survivront pas longtemps à leur triste exil. À l’âge de huit ans, Nicolas est orphelin, démuni, sans repères. Il est recueilli par un couple aisé à Bruxelles, les Fricero. Grâce à leur bienveillance, Kolia (diminutif de Nicolas) fréquente les meilleures écoles, le collège Cardinal-Mercier, l’Académie royale des Beaux-Arts… la jeunesse dorée où il s’efforce d’enterrer le passé. Mais rien ne s’oublie, rien ne s’efface. Toute sa vie, il va fuir les souvenirs, éviter d’évoquer les années sombres. Lire la suite
Évian ressuscite le Paris-Bruxelles des années 1880-1914

Le Palais Lumière d’Évian poursuit son exploration de la richesse créative du début du XX -ème siècle avec l’exposition Paris- Bruxelles 1880-1914, effervescence des visions artistiques. Quatre cents œuvres issues d’une collection privée sont à découvrir d’urgence avant le 4 janvier 2026 dans ce magnifique écrin de l’architecture Belle époque en bordure du Léman.
Un Paris de la fête, des nuits blanches, des cabarets de Montmartre aux cafés des grands boulevards dans un natif XXème siècle enthousiaste ressuscite au Palais Lumière avec une ambitieuse exposition intitulée : Paris Bruxelles 1880-1914.
Quelques quatre cents œuvres (peintures, aquarelles, affiches, livres…) issue d’une collection privée et souvent montré pour la première fois au grand public témoigne de la kyrielle de courants et de styles qui agite le début du XXème siècle : Japonisme, Art-nouveau, Symbolisme, Néo-impressionnisme, École de Pont-Aven, Groupe des vingt, Incohérents sont présentés au visiteur. Artistes stars, Sérusier, Van Gogh, Gauguin, Bonnard, Vuillard, Maurice Denis et oubliés se côtoient sur les cimaises et dans les vitrines du Palais Lumière d’Evian, lui-même joyau des villes d’eau Belle époque pour le plus grand bonheur du visiteur.Le musée propose de nombreuses visites commentées qu’on ne saurait que recommander vu l’éclectisme du parcours. Il est impossible de tout voir et de tout repérer en une heure ou deux. Damier se promet d’y retourner avant le 4 janvier 2025. En attendant nos coups de cœur absolument subjectifs d’une exposition foisonnante, euphorisante et superbe… Lire la suite
Hodler, Calame, Perrier… hommage à la peinture genevoise
C’est dans le cadre du musée créé dans une dépendance du Château du Crest à Jussy, que plus d’une centaine de chefs-d’œuvre d’artistes genevois sont présentés pour la première fois au public. Tour d’horizon.
Toutes les collections naissent d’une passion. Celle d’Yves Micheli, dont la famille est propriétaire du Château du Crest depuis le 17e siècle, remonte au jour de Noël 1946. Un tableau d’Alexandre Calame « Bois de Jussy », glissé innocemment sous le sapin, aura un impact sans précédent. Une émotion vive qui lui insuffle l’envie irrépressible de constituer une collection. Alors âgé de dix ans à peine, le jeune Yves Micheli se découvre une passion pour l’art, et presque exclusivement pour les maîtres genevois. Des artistes ayant des liens communs, soit par leur origine, soit par leur contribution à l’essor de l’art genevois et suisse. De coup cœur en coup cœur, la Collection du Crest se profile et s’étoffe… Lire la suite
Léon Spilliaert : l’alchimiste de la mélancolie
La mer du Nord de Léon Spilliaert. Retour sur la vie de l’un des plus grands artistes belges, dont les pas nous mènent sur les plages d’Ostende.
Lorsqu’il évoque sa tendre enfance, Spilliaert nous laisse l’impression de jours heureux. Tout lui apparaissait si beau, si neuf, si étrange : « Je suis né à Ostende le 31 juillet 1881 d’une mère douce et mélancolique. » Un enchantement précoce qui sera brisé par une scolarité éprouvante. L’insouciance et la liberté s’éloignent : « On m’a volé mon âme et plus jamais je ne l’ai retrouvée ». De cette quête perpétuelle s’éveille une passion farouche pour le dessin. Très tôt, il affiche un talent incontestable… lire la suite
Le manuscrit de la Lettre à d’Alembert de Rousseau à la Fondation Martin Bodmer
Exceptionnel ! L’ouvrage de l’un des plus célèbres philosophes de la période des Lumières et citoyen de Genève est actuellement exposé au Musée Bodmer à Cologny.
Retour sur une acquisition rarissime.
Ce document autographe, qui revêt une importance considérable dans l’œuvre de Rousseau puisqu’elle se rapporte à Genève, sa ville natale, avait complètement disparu des radars de la bibliophilie. Après le décès du dernier possesseur connu, le mystère autour du précieux texte préoccupa longtemps les collectionneurs. C’est seulement en décembre dernier qu’il réapparut lors d’une vente aux enchères anonyme chez Christie’s à Paris. Une opportunité unique à ne pas manquer. « L’ouvrage est sans conteste celui qui concerne le plus étroitement Genève, sa religion, la question des théâtres » rappelle le directeur de la Fondation, Jacques Berchtold, professeur spécialiste de Rousseau. Grâce à l’exercice du droit de préemption, le manuscrit à teneur patrimoniale a pu échapper à une vente publique et rejoindre les joyaux de la bibliothèque Bodmer. lire la suite
Déambulation artistique à travers la Suisse
Albert Anker, Ferdinand Hodler, Félix Vallotton, ou encore Robert Zünd, Benjamin Vautier…, la Fondation Pierre Gianadda met à l’honneur l’art pictural helvétique. Un ensemble de cent vingt-sept chefs-d’œuvre reflétant les paysages immaculés et les scènes de vie d’une autre époque.
« Je voudrais reconstituer des paysages sur le seul secours de l’émotion qu’ils m’ont causée… » écrit Félix Vallotton dans son journal. Et c’est bien l’émotion qui a aussi dicté les choix de Christoph Blocher. La quintessence de sa stupéfiante collection – et autant de coups de cœur – est présentée au musée de Martigny, dont plusieurs œuvres rarement ou jamais montrées auparavant.
Parmi celles-ci, un nombre impressionnant de tableaux réalisés par Albert Anker, dont les reproductions ornaient la maison familiale de son enfance se souvient le collectionneur et dont il se targue d’en posséder aujourd’hui les originaux.
Le peintre naît le 1er avril 1831 à Anet, un endroit champêtre situé entre Berne et Neuchâtel, et a dû batailler pour déjouer les ambitions de son père qui le vouait à la théologie. Il sera élève du Vaudois classiciste Charles Gleyre avant de poursuivre ses études à l’École impériale et spéciale des Beaux-Arts à Paris et d’être honoré par plusieurs distinctions. Lire la suite
Je suis aimantée par le Léman

Pour la peintre française expatriée à Zurich puis Genève, Gaëlle Mot, le Léman est devenu un ami, un confident de tous les instants. Il l’inspire chaque jour de l’aube au couchant, quelque soit la météo ou presque. Entretien avec une bretonne qui a succombé au charme des rivages lémaniques.
Damier : Comment travaillez-vous ?
Gaëlle Mot : Je travaille habituellement dans mon atelier d’après des photos que j’ai préalablement prises lors de mes longues promenades sur les rives du Léman. Lorsque le temps et la météo me le permettent, je prends mon chevalet de campagne pour peindre sur le motif, mais cela et occasionnel.
Qu’est-ce qui vous inspire sur le lac?
Gaëlle Mot : Je suis inspirée par une multitude de choses. Les lumières et les reflets mais aussi les infinies variations de couleurs sont une grande source d’inspiration pour moi. L’eau est mon élément et je me noie dans la contemplation de sa vaste surface.
Qu’est-ce qui vous charme le plus sur le lac Léman ?
Gaëlle Mot : Je suis tombée sous le charme des Bains de Pâquis et de son plongeoir orné de sa magique poésie qui figure dans plusieurs de mes tableaux. Autre plaisir de la rade, je ne me lasse pas du ballet des mouettes genevoises…
Comment pourriez-vous définir l’âme / l’esprit du Léman ?
Gaëlle Mot : Pour moi, le Léman est magnétique, il attire et inspire les écrivains, les poètes, les peintres, les navigateurs, les nageurs, les touristes… Personnellement, je suis aimantée ! J’aime tout particulièrement le Léman dans sa quiétude des petits matins, lorsque nous pouvons y puiser paix et sérénité.
Parution en 2021 de Contemplations genevoises, recueil des tableaux genevois de Gaëlle Mot, agrémentés de poèmes contemporains, disponible dans l’atelier et sur le site de l’artiste.
Atelier-Galerie Rue Roi Victor Amé 8 à Carouge – sur RDV au 076 690 24 71 – www.gaellemot.com
Réalisé par Béatrice Peyrani.
A l’ombre des regards
De la Renaissance à nos jours, la Fondation de l’Hermitage nous invite à porter notre regard sur les ombres des œuvres d’art. Là où lumière s’éclipse pour créer un contraste clair-obscur, dévoiler un mystère ou dramatiser un paysage. Des ombres parfois inquiétantes, colorées, spectaculaires, mais toujours fascinantes.
Selon un mythe qui date du 1er siècle après J.-C., le dessin et la peinture aurait été inventés par une jeune femme corinthienne qui traça les contours de l’ombre de son amoureux projetée sur le mur par la lumière avant qu’ils ne soient séparés. Par ce geste singulier, la première ombre est née, suivie d’une multitude de variations. Depuis ce temps lointain, les plus grands artistes en font usage, voire un véritable sujet, que ce soit dans les autoportraits comme en témoignent les œuvres de Rembrandt et Eugène Delacroix, ou le genre figuratif des impressionnistes. Avec le roi du Pop art Andy Warhol et sa série Shadows II, l’ombre portée atteint son paroxysme en terme d’abstraction. Et c’est toute la thématique de l’exposition transversale « Ombres » que nous présente la Fondation de l’Hermitage. A travers 140 œuvres réalisées au fil des siècles, le jeu subtil des ombres apparaît telle une évidence et sort… de l’obscurité.
Errance à la lumière des ombres
Parmi les nombreuses œuvres de l’exposition, le tableau magistral d’Émile Friant, Ombres portées (illustré), présenté au Salon de la Société nationale des Beaux-arts en 1891, met en scène un jeune couple. L’émotion est forte, puissante. Aux yeux implorants de l’homme, à son ardent désir, la jeune femme répond par un regard fuyant, leurs ombres en disent long. Un théâtre d’ombres et de lumière où rien n’est laissé au hasard. Lire la suite
En avant marche pour la DADA AFRICA
Redécouvrir le Zurich de 1917, place de la Concorde à Paris? C’est le pari tenté et réussi du Musée de l’Orangerie avec l’exposition Dada Africa. Le mouvement avant-gardiste, né en 1917, au cabaret Voltaire à Zurich, jette à bas les canons des arts classiques occidentaux, dénonce les horreurs de la guerre et ouvre le dialogue avec toutes les formes dites d’art primitif de l’Afrique à l’Océanie. Une ouverture sur le monde, qui permet un siècle plus tard de rapprocher au sein de l’ exposition parisienne, statues Baoulé, têtes de Bouddha thaïlandaises, poupées indiennes, au côté des œuvres des artistes Dada, qui eux-mêmes s’en étaient inspirées, avec délice pour exaspérer le public et refaire le monde. Lire la suite
Lausanne, capitale de la mode
Le Musée Historique de la ville explore l’évolution de la silhouette féminine et masculine.
Être bien dans sa mode. Une évidence pour les millennials. Mais pas pour nos ancêtres. « Le confort dans la mode, c’est une idée plutôt neuve, qui ne date guère tout au plus que des années 1980, » raconte Claude Alain Künzi, le commissaire de l’exposition Silhouette, le corps mise en forme présenté au Musée historique de Lausanne. Grâce à la sélection pointue d’une vingtaine de pièces clés et emblématiques (robe du soir, gilet d’homme, redingote, veste à pièce d’estomac, robes bouillonnées…), le visiteur peut juger de la fulgurante transformation et libération de la silhouette féminine et masculine du XVIIe à nos jours. Se protéger du froid ou du chaud, s’embellir, affirmer sa différence, autant d’objectifs que de tout temps l’habit s’est assigné. Mais il a aussi façonné et refaçonné notre silhouette.
Preuves à l’appui, avec les inestimables pièces que le musée de Lausanne a choisi de mettre en lumière, parmi les quelques trois mille costumes qu’il possède et qui ont tous été portés ou fabriqués à Lausanne. Lire la suite
Les Quatre Saisons de Franz Gertsch

A l’occasion de l’inauguration de nouveaux espaces, le Musée Franz Gertsch à Burgdorfprésente une rétrospective de l’artiste de 1955 à 2018. Les Quatre Saisons, œuvres monumentales à tout point de vue, sont désormais réunies sous un même toit. Une constellation inédite, plus réelle que la réalité.
Si au cours de sa longue existence, Franz Gertsch n’a cessé d’inventer des techniques originales, il n’est pas pour autant, à 89 ans, en manque d’inspiration « j’ai encore beaucoup d’idées, probablement trop par rapport à mon âge », lance-t-il en souriant. A l’évidence, l’enthousiasme et la passion ne l’ont pas quitté. Dans l’isolement de l’Emmental, au pied des Alpes bernoises, à Rüschegg précisément, les journées s’écoulent sereinement. C’est là qu’en 1976, l’artiste a établi son atelier avec pour seule compagnie son épouse, Maria Meer, et pour seul horizon une vaste plaine peuplée d’arbres, ceux qu’il a plantés à son arrivée.
Dès lors, on ne s’étonne plus que ce jardin naturel constitue pour le peintre une source d’inspiration permanente. « C’est là que vivent les modèles que j’ai immortalisés ». Les sous-bois, les eaux noires au fond de la vallée, et derrière la colline, les rives du lac de Bienne, là où Franz Gertsch est né et de ce fait les plus belles. Fidèle à un rythme immuable, il travaille chaque jour cinq heures d’affilée pour nous livrer des paysages sauvages d’une précision consternante. Lire la suite
De Turner à Whistler, promenade anglaise à l’ère victorienne
Paysages romantiques à profusion, scènes champêtres ou scènes de vie tout simplement, l’exposition de la Fondation de l’Hermitage présente un tour d’horizon des grands peintres d’outre-Manche des années 1830 à 1900. Des œuvres picturales qui exaltent la beauté de la campagne anglaise mais témoignent aussi des changements induits par la révolution industrielle.
A l’époque où la reine Victoria règne sur le plus grand Empire du monde, la peinture anglaise ne connaît paradoxalement que peu d’engouement outre-Manche. Trop traditionnelle, trop conservatrice, voire d’un charme désuet face au mouvement impressionniste, elle a longtemps été reléguée au rang des œuvres narratives, sans originalité. Il faudra patienter presque à nos jours pour que les critiques d’art réhabilitent le talent indéniable des artistes victoriens et que leurs œuvres soient appréciées à leur juste valeur. Lire la suite
Martine Franck : Une humaniste au Musée de l’Élysée
« Du jour de la naissance jusqu’à l’instant de la mort, la vie n’est qu’une révolution constante. Rien n’est permanent. Le plus difficile est d’accepter les changements en soi, autour de soi, chez les autres, et pourtant la plus belle aventure n’est-ce pas ce parcours qui part de soi pour se connaître, s’oublier et se dépasser ? ».
Placée en préambule de l’exposition que lui consacre le Musée de l’Élysée de Lausanne jusqu’au 5 mai 2019, cet hymne à la vie écrit par la photographe Martine Franck ne pouvait être mieux choisi pour présenter ses quarante ans de photoreportage. Un travail pour le moins bien atypique, loin des champs de guerre, couverts par la plupart de ses confrères masculins. Martine Franck, elle, a toujours voulu s’intéresser dès les années 60 à ceux, qu’on appelait – pas encore – les invisibles : les enfants, les personnes âgées, les laissés pour compte. Plus qu’un choix artistique, une évidence pour cette femme timide et réservée, décidément pas « pas faite pour le trottoir », notait avec humour son célébrissime époux, le photographe Henri Cartier-Bresson de trente ans son aîné. Lire la suite
Les Trésors des Hansen
La Fondation de Martigny expose une soixantaine de toiles impressionnistes, issue de l’exceptionnelle collection Hansen du musée Ordrugaard de Copenhague. Retour sur l’itinéraire d’un couple de mécènes pressés et avisés…
« Je passe mon temps à regarder des peintures, et autant vous le confesser tout de suite, je me suis lancé dans des achats considérables », écrit en 1916, Wilhelm Hansen, directeur d’une compagnie d’assurance danoise et conseiller d’État, à sa femme Henny. Faute avouée, à demi excusée ? Nul doute, pour ce mari féru d’art, qui sait plaider sa cause auprès de son épouse avec ferveur et talent, «je sais que je serais pardonné lorsque vous allez les voir ; les meilleurs peintres à leur meilleur… ». Effectivement, les emplettes de monsieur Hansen sont bien du meilleur : paysages de Sisley et Pissaro, cathédrale de Rouen de Claude Monet, portrait de femme de Renoir, autoportrait de Courbet… Profitant de ses fréquents séjours à Paris, l’homme d’affaires danois, entre deux réunions, court les musées et les galeries et – en investisseur aussi avisé que pressé – multiplie les achats avant le retour de la paix et l’inévitable hausse des prix du marché de l’art qui s’en suivra. Alors que la première guerre mondiale n’est pas encore terminée, Wilhem achète ainsi au célèbre marchand parisien Berheim-Jeune : « Le Pont de Waterloo, temps gris » de Monet et le « Portrait de Madame Marie Hubbard » par Berthe Morisot. Durant cette même période, au Danemark, le couple fait l’acquisition d’un terrain près d’Ordrup Krat au nord de Copenhague, pour y faire construire une résidence d’été, dont il fera bientôt son domicile principal. Lire la suite
Quand Pablo Ruiz devient Picasso
Après le musée d’Orsay, la Fondation Beyeler présente à son tour une exposition consacrée au jeune Picasso, les périodes bleue et rose. Des œuvres que l’artiste a réalisées pour la plupart à Paris dans les années 1900 à 1906. « J’ai voulu être peintre et je suis devenu Picasso ».
Formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Barcelone, Pablo Ruiz Picasso n’a pas vingt ans lorsqu’il se rend à Paris avec son fidèle ami Carles Casagemas pour l’exposition universelle. Mais déjà, sa technique est remarquable et son ambition à la mesure de son génie. Si Picasso s’intègre sans peine dans l’effervescence de la vie parisienne et travaille d’arrache-pied, son ami s’enlise dans une passion non réciproque pour sa muse, Germaine Pichot. Il sombre dans l’alcool et se suicide d’une balle au Café de la Rotonde en février 1901. La tragédie sera immortalisée dans le tableau « La mort de Casagemas » par un Picasso bouleversé. Il confiera alors « c’est en pensant que Casagemas était mort que je me suis mis à peindre en bleu ». Et c’est dans cet état d’âme, empreint de tristesse et de mélancolie, que débute la période bleue. Des années de misère et de pauvreté où l’artiste se noie dans un océan monochrome. Il en émerge de nouvelles formes figuratives aux teintes bleutées, glaciales, crépusculaires. Le désespoir, la vieillesse, la mort… le hantent. Des œuvres bouleversantes qui, malgré leur beauté, ne trouvent pas preneurs. Lire la suite
Manguin, l’éclat du fauvisme
La Fondation de l’Hermitage présente une exposition éblouissante consacrée à Henri Manguin, le plus audacieux des peintres fauves. Des tableaux flamboyants, extrêmement bien composés, qui témoignent d’une technique maitrisée et d’un talent rare.
D’instinct, la peinture est apparue comme une évidence à Manguin alors jeune l’élève du lycée Colbert à Paris. Une volonté qui se concrétise par son admission à l’Ecole des Beaux-Arts. A vingt ans, il entre ainsi dans l’atelier de Gustave Moreau et se lie d’amitié avec Matisse, Marquet, De Mathan et Camoin. Sous leurs pinceaux, les couleurs se libèrent, elles illuminent la toile d’un éclat flamboyant. De ce bouillonnement artistique est né un nouvel élan expressionniste qui bouleversa les techniques traditionnelles.
Mais que serait le peintre sans sa muse ? En 1896 à Cherbourg, Mauguin rencontre la jeune pianiste, Jeanne Carette, un vrai coup de foudre. Belle et sensuelle, elle devient sa muse, son modèle préféré, la femme de sa vie. Jeanne sera omniprésente. Dans un atelier de fortune, installé au milieu de leur jardin rue Boursault à Paris, elle va poser pour le peintre de manière incessante.
French cancan à Martigny
La Belle Epoque de Toulouse-Lautrec, ressuscitée grâce à une centaine d’affiches et d’estampes, les plus spectaculaires de l’artiste. Du jamais vu.
Style, mouvement, légèreté, les affiches de Toulouse-Lautrec témoignent de l’effervescence parisienne à la fin du XIXe siècle. Un foisonnement culturel où l’on voit apparaître les premiers cafés-concerts et cabarets populaires. Le monde frivole et rocambolesque des danseuses de French cancan, parmi les plus applaudies La Goulue en frou-frou et sa rivale plus pudique Jane Avril, la chanteuse Yvette Guilbert ou l’extravagante Loïe Fuller… des beautés rousses que Lautrec affectionne plus particulièrement et qui sont à l’affiche du Moulin Rouge. D’un trait de crayon acéré, il saisit une posture, une expression, un pas de danse endiablé.
Mais c’est au sein des maisons closes que Lautrec réalise ses lithographies les plus singulières, sans voyeurisme ni vulgarité. Une suite de dix planches, usant d’une large palette de techniques allant des demi-teintes estompées aux ombres mystérieuses, révélatrices des gestes gracieux de ces reines de joie.















