
Groupe de baigneuses, env. 1895 – ©Ordrupgaard, Copenhague – Anders Sune Berg
La Fondation Beyeler se penche sur les dernières années de création de Cézanne, souvent considérées comme les plus significatives. De l’apparition du motif de la Sainte-Victoire dans ses multiples interprétations aux thèmes tout aussi emblématiques des joueurs de cartes, des paysages provençaux et des baigneuses imaginaires… autant d’œuvres exceptionnelles !
Les baigneuses précisément que l’artiste peint inlassablement dans son atelier à défaut de les reproduire en grand format d’après nature. Face aux obstacles, tels que le lieu idéal, le transport d’une toile surdimensionnée, mais aussi la difficulté de réunir plusieurs personnes disposées à poser dévêtues durant de longues heures, il déplore d’être obligé à se borner à des aperçus issus de ses pensées, sans les reflets du ciel ni de la lumière. Il consacre néanmoins près de deux cents œuvres à ce sujet – peintures, aquarelles et dessins -, des premiers Baigneurs de 1877 aux ultimes Grandes Baigneuses de 1905 marquant l’aboutissement des recherches de toute une vie.
Hortense Fiquet, la liaison cachée

Portrait de Paul Cézanne, env. 1895
Cet élève de Pissarro tel qu’il se qualifie lui-même, au tempérament doux et timide, abandonne ses études de droit pour l’Académie de Charles Suisse à Paris. Il a trente ans lorsqu’il rencontre Hortense Fiquet, modèle des peintres, qu’il surnomme « La Boule ». Elle devient sa muse, sa compagne et lui donne un fils, prénommé Paul junior. Surtout, elle va lui inspirer quarante-cinq portraits, dont le célèbre Madame Cézanne en bleu. Cette relation est gardée secrète par l’artiste afin de ne pas compromettre la pension que son père lui verse, puisqu’ il ne vit pas encore de ses propres créations.
C’est seulement en avril 1886 que Cézanne épouse la mère de son fils après dix-sept ans d’une liaison cachée. Ce mariage est purement motivé par des considérations de droit successoral. À cette époque, pour hériter des biens de son père, Pierre-Antoine Fiquet, Hortense doit être mariée et obtenir l’autorisation de son mari.
Sur les pas de Cézanne en Suisse
Dans la foulée, la « jeune mariée » convainc Cézanne de se rendre en villégiature en Suisse « ce pays si beau ». En août 1890, ils résident à l’hôtel du Soleil à Neuchâtel. Hortense s’y fait des amies, fréquente les salons de thé. Rien de tel pour le peintre qui fuit la ville pour les rives du lac et les paysages sereins et bucoliques. Des bateaux à rames et à vapeur desservent les villages des alentours, Serrières, Auvernier… et l’on se prend à rêver. C’est peut-être à l’ombre des peupliers de l’allée du port que Cézanne aurait peint le château…
De Neuchâtel, ils poursuivent leurs pérégrinations vers Lausanne puis Vevey. Dans les salons des hôtels, le peintre s’attarde longuement autour des joueurs de cartes, observe minutieusement leurs attitudes, les expressions des visages, sort son cahier pour esquisser les traits, la composition du décor. Ces premiers dessins serviront d’inspiration pour cinq toiles de la série des joueurs de cartes.

Paul Cézanne – Les joueurs de cartes, 1893 – 1896. © Musée d’Orsay, Paris/Patrice Schmidt
Le père de l’art moderne
À travers 80 peintures à l’huile et aquarelles, l’exposition de la Fondation Beyeler illustre l’approche novatrice de Cézanne, une technique magistrale qu’il réinvente sans cesse. La touche devient plus libre, les contours se dissolvent au profit d’une restitution vibrante. Un fascinant jeu de tensions entre perception et réalisation qui va inspirer des générations d’artistes. Cézanne en avait l’intime conviction « Je suis le primitif d’un nouvel art. J’aurai, je le sens, des continuateurs ».
Ann Bandle
Cézanne jusqu’au 25 mai 2026
Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, CH-4125 Riehen/Bâle
Info : fondationbeyeler.ch
