Le Bel Horizon de Florian Sägesser

photo Cédric Sandoz

Avec son quatrième roman « Bel Horizon», Florian Sägesser retrace l’histoire d’une vieille maison du début du siècle passé dans les confins du Jura vaudois, près de Sainte-Croix et de la frontière française. Un havre de paix soudainement écorché par le bruit incessant d’une société en mouvement. Au-delà de la restauration de la bâtisse, témoin silencieux de vies désormais disparues, le récit nous immerge dans la beauté des paysages, merveilleusement restituée par la plume poétique de l’auteur. L’occasion aussi de repenser nos relations avec la nature. 

Damier.ch : Votre roman s’ouvre sur cette phrase de Ramuz : « Les vieilles maisons sont toutes voûtées, elles sont comme des grands-mères… » En quoi cette citation a-t-elle inspiré ou donné le ton à Bel Horizon ?

Florian Sägesser : C’est précisément en découvrant cette phrase que j’ai décidé de personnifier la maison au centre de mon roman, pour en faire un personnage baptisé la « vieille dame » en clin d’œil à Ramuz. J’avais déjà fait un travail de recherche, car Bel Horizon s’appuie sur des archives, et déjà ressenti et écrit une partie du livre dans ma tête, quand un jour, allez savoir pourquoi à ce moment-là, j’ai eu l’idée de lire de la poésie ramuzienne. Je suis tombé sur cette phrase qui est entrée en résonnance avec mon travail, et elle a donné le ton du roman. Ce n’est pas une mince affaire que de trouver le bon ton. Mais une fois le « la » trouvé, l’écriture a coulé naturellement. 

Damier.ch : Réinvestir une maison héritée de ses aïeux sans raviver les réminiscences qu’elle renferme, parfois teintées de nostalgie, est-ce utopique ? 

Florian Sägesser : Chaque personne entretient un rapport au temps et au territoire qui lui est propre. Pour ma part, oui, il m’est impossible d’investir un lieu – ancien qui plus est – sans vouloir exhumer son histoire. Une vieille maison porte une mémoire, elle a vécu et vu tant de choses, elle renferme des souvenirs et des fantômes. Les murs retiennent des secrets qu’ils murmurent aux personnes qui savent tendre l’oreille. La littérature permet de faire entendre ces voix; les mots deviennent une forme de chasse au trésor, et offrent l’opportunité de s’inscrire dans une lignée. Il y a la conscience, très forte, que ces pierres nous survivront. 

Damier.ch : Les paysages déferlent dans Bel Horizon. Omniprésents, ils sont décrits avec une précision toute poétique et une sensibilité émouvante. Comment est né votre attachement à la nature ? 

Florian Sägesser : Petit, j’étais fasciné par les Amérindiens, et leur rapport à la nature, leur manière de la respecter, m’a profondément marqué. Cela a sans doute contribué à forger cette sensibilité à l’environnement, tout comme les vacances d’été que je passais au grand air. 

La nature comporte une part d’insaisissable qui laisse la place à l’imaginaire et au mystère; elle a une fragilité qui la rend belle; elle impose le respect et offre des tableaux sans cesse renouvelés, comme autant de miroirs de nos émotions. La littérature est, pour moi, une manière d’exprimer cette sensibilité.

Damier.ch : Un livre qui vous inspire et que vous relisez ? 

Florian Sägesser :  Il y en a plusieurs. Je citerais La claire fontaine, de David Bosc, un ouvrage qui m’a marqué et qui prouve que les grands livres n’ont pas besoin d’être épais, que leur densité ne se mesure pas au nombre de pages.
Jusqu’à présent, il y a peu de livres que je relis. Non par manque d’envie, mais parce que j’en ai encore tant d’autres à découvrir. 

Propos recueillis par Ann Bandle

Florian Sägesser est écrivain et journaliste.
Bel Horizon est son quatrième roman, publié par BSN Press à Chêne-Bourg, Genève.