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Pour l’amour de La Dame aux Camélias


La Traviata sera à l’affiche au Palais Garnier et à la Scala de Milan en novembre prochain, puis au Grand Théâtre de Genève en 2021. A l’origine de cet opéra le plus joué au monde, le roman d’Alexandre Dumas fils : « La Dame aux Camélias », inspiré de sa propre liaison avec la belle courtisane, Marie Duplessis. 

Rose Alphonsine Plessis, plus connue sous le nom Marie Duplessis, connaît la misère dès son plus jeune âge. A 14 ans, abandonnée par sa famille, elle travaille comme blanchisseuse dans la capitale française, un emploi qui ne permet pas de survivre sans le secours de ses proches. Sa merveilleuse beauté – un teint de porcelaine, des cheveux noir ébène, le sourire éclatant, la taille haute et excessivement fine – est remarquée par un débaucheur qui l’installe confortablement et parfait son éducation lacunaire. Elle vit désormais dans un bel appartement. On l’aperçoit à l’intérieur d’un élégant coupé bleu attelé de deux chevaux, ou dans sa loge à l’opéra. La somptueuse assiste à toutes les représentations, aux bals et aux orgies, toujours fleurie de ses camélias blancs ou rouges. En peu de temps, elle s’est transformée en une femme cultivée et raffinée, courtisée par le Tout-Paris. Les cœurs flambent ! Balzac, Alfred de Musset, Franz Liszt, qu’elle aima au-delà de tous, et… Alexandre Dumas fils : « Plus je voyais cette femme, plus elle m’enchantait. Elle était belle à ravir. Sa maigreur même était une grâce. J’étais en contemplation. Ce qui se passait en moi, j’aurais peine à expliquer. J’étais plein d’indulgence pour sa vie, plein d’admiration pour sa beauté. »

L’illusion du bonheur

Dans le récit, Marie Duplessis apparaît sous les traits de la fictive Marguerite Gauthier. Elle est au plus haut de sa prestance lorsque qu’Armand Duval, comprenez Alexandre Dumas fils, tente d’intégrer le cercle des élus de la courtisane. Après avoir été dédaigneusement éconduit, il parvient à ses fins jouant la carte de l’amour profond, promesse de mariage à l’appui, tout en exigeant qu’elle renonce à ses richissimes amants. Elle consentit cependant à passer l’été avec lui à la campagne, un acquiescement qui le transporta de joie, convaincu qu’elle l’aimait «puisque ma fortune était insuffisante à ses besoins et même à ses caprices. Il n’y avait donc eu chez elle que l’espérance de trouver en moi une affection sincère… »  L’histoire serait banale si elle ne reflétait pas la société de la Belle Époque du XIXème siècle, ses us et coutumes, ses inégalités et ses misères. Un engrenage infernal et destructeur. Lourdement endetté et sous la menace de son père, Armand Duval sera contraint de renoncer à sa passion : « Je ne suis pas assez riche pour vous aimer comme je voudrais, ni assez pauvre pour être aimé comme vous voudriez ».

Un nuage pulmonaire

Malgré sa déception et son abattement, Marie Duplessis renouvelle avec son passé de demi-mondaine. Elle est de toutes les fêtes, s’épuise à briller sans parvenir à convaincre. Ses anciens amants la délaissent pour d’autres courtisanes. En revanche, les créanciers se pressent à sa porte. A bout de force, sa santé s’altère de plus en plus, de violentes quintes de toux l’étouffent, le sang jaillit, ses lèvres sont teintées de rouge… elle ne se relèvera plus. A 23 ans, Marie Duplessis s’éteint, seule, et dans la misère la plus complète.

Ému aux larmes, Alexandre Dumas fils sort sa plume et, en l’espace d’un mois, immortalise sa très aimée Dame aux Camélias.
Il publie le roman en 1848, devenu depuis mythique.

Ann Bandle

Opéra Garnier : La Traviata

Teatro alla Scala : La Traviata

Grand Théâtre de Genève : La Traviata