
Dans un essai aussi personnel que percutant, Folles furieuses, que faire de nos colères?, Élodie Pinel explore la manière dont la société a pathologisé l’émancipation féminine.
Des Furies de l’Antiquité à Emma Bovary, de Flora Tristan à Camille Claudel, héroïnes de fiction ou femmes bien réelles, celles qui ont refusé l’ordre établi ont souvent été qualifiées de folles pour mieux faire taire leur voix. Si en 2026, certaines quadragénaires s’avouent fatiguées du combat féministe, l’autrice, agrégée de lettres modernes, de philosophie et docteur en littérature française refuse de baisser la garde. Malgré les difficultés, Élodie Pinel reste résolument optimiste quant à l’avenir de l’égalité des droits hommes- femmes, parce que justement la colère des femmes commence à être entendue. Une bonne nouvelle qui oblige à rester mobilisé.
Damier: Pourquoi avez-vous voulu écrire sur l’ostracisme de l‘Histoire et de la Littérature sur ces femmes qui ont refusé l‘ordre établi et l‘ont souvent payé cher, en se voyant traitées d’hystériques ?
Élodie Pinel : Je me suis intéressée très tôt aux plumes féminines ; déjà, pendant mes études de littérature, j’ai choisi d’écrire un mémoire sur George Sand, sans que cela ait été un choix particulièrement réfléchi. Au moment de choisir un sujet de thèse, j’ai opté pour Marguerite Porete, une mystique du XIVe siècle… A chaque fois, j’ai relevé que ces femmes extraordinaires ont rencontré des obstacles et ont subi des injustices voire des persécutions : Marguerite Porete a été brûlée en 1310 à cause de son livre ! J’ai voulu défendre celles dont j’admirais le travail et leur rendre justice en réhabilitant leur parole, qui n’est pas oeuvre de folie mais bien de raison.
Damier : Ces dernières décennies, des progrès ont été faits sur l’égalité hommes femmes. Pourtant six femmes autrices seulement ont été retenues au programme du bac français contre soixante-dix-huit hommes. Hasard ou mauvaise foi, faudrait-il un sérieux réexamen de la contribution du deuxième sexe à la littérature française dans les manuels scolaires ?
Élodie Pinel : Il y a en effet eu des progrès réalisés, et c’est la moindre des choses ! Quand on regarde quel était le statut juridique des femmes il y a seulement 60 ans, on mesure certes les progrès faits, mais aussi ceux qu’il reste encore à faire. Le chemin vers l’égalité est long et n’est pas fini : les chiffres de l‘ONU sont là pour nous le rappeler, qui indiquent qu’il faudra encore plus de deux cent ans pour espérer atteindre l’égalité femmes/hommes au rythme où nous allons aujourd’hui. Valoriser les oeuvres et les pensées des femmes, qui ont construit des théories et diffusé des textes malgré les obstacles qui se dressaient devant elles, fait partie de ces objectifs à atteindre pour avancer dans le bon sens ensemble.
Damier : Dans votre livre, vous suggérez quelques conseils de savoir vivre à l’adresse de vos contemporains. Vous mettez en garde les jeunes femmes sur le danger d’accepter un premier rendez-vous au restaurant et de laisser payer la note par le gentil garçon organisateur de la rencontre ? Pas trop excessif tout de même ? Comment un jeune homme de vingt cinq peut-il approcher une jeune femme avec les bons codes de 2026 ?
Élodie Pinel : Nos comportements ont en effet été dictés en grande partie par des codes sociaux conformes au patriarcat, c’est-à-dire à l’idée que l’homme décide et propose et que la femme dispose et « consent » (ce qui veut dire qu’elle n’a pas l’initiative du désir : consentir n’est pas vouloir). Sur le plan relationnel, faire preuve de générosité est toujours positif ; mais on sait aussi, selon les anthropologues et sociologues comme Marcel Mauss, que tout don appelle un contre-don.De quelle nature sera le contre-don attendu par le jeune homme face à la jeune fille à qui il paye le restaurant ? Demandez à ces messieurs : il espère qu’en acceptant, la jeune femme commence à consentir à aller plus loin. Si ce n’est pas le souhait de la jeune femme, autant qu’elle l’assume clairement et coupe court à toute ambiguïté. Aujourd’hui, cela ne me semble pas si révolutionnaire !
Damier : Dans ce vaste chamboulement des rapports hommes-femmes, certaines quadragénaires s’avoueraient pourtant un peu lassées de porter le combat féministe ?
Élodie Pinel : Cette lassitude est légitime ; elle est même documentée et analysée par la notion de « genrer fatigue », fatigue de genre. Ce terme désigne l’effet de lassitude voire de saturation occasionné par une exposition répétée à des agressions ou des injustices, couplées à un déni de celles-ci. Car il faut alors prouver systématiquement que l’on est victime d’une discrimination pour pouvoir commencer à la réparer : que de temps et d’énergie perdus ! L’impression de toujours devoir tout recommencer à zéro est cause d’un épuisement qui peut mener au désengagement. A force de n’être pas entendues, on finit pas se taire. Mais n’est-ce pas précisément le but recherché par ceux (et celles) qui refusent l’égalité entre femmes et hommes, parce qu’ils et elles y trouvent leur compte ?
Damier : Vous êtes toutefois résolument optimiste pour l’égalité hommes-femmes puisque la parole des femmes commence à être entendue ?
Élodie Pinel : L’optimisme est nécessaire : sans cet espoir, comment avancer ? Je m’interdis de baisser les bras en un moment où les droits des femmes, acquis depuis peu en Occident, sont toujours menacés de recul, quand ils ne le sont pas déjà (je renvoie à l’essai admirablement documenté de l’avocate Violaine de Filippis-Abbate sur le sujet, La résistance écarlate, paru chez Payot en 2025). Je me l’interdis d’autant plus que ces mêmes droits sont bafoués ailleurs, jusqu’à l’apartheid de genre, selon le terme de la Prix Nobel de la Paix iranienne Narges Mohammadi. N’oublions pas que les combats que nous gagnons ici, même s’ils peuvent parfois paraître dérisoires ou transitoires, ont une répercussion à l’autre bout de la planète pour ces femmes qui veulent encore croire pouvoir être respectées et vivre libres.
Propos recueillis par Béatrice Peyrani
Folles furieuses, que faire de nos colères? Un livre édité chez Robert Laffont à lire d’urgence et à offrir aussi à ses enfants, fils ou filles.

Élodie Pinel a publié en 2024 un essai aussi drôle que passionnant sur les femmes philosophes : Moi aussi je pense donc je suis. Quand les femmes réinventent la philosophie chez Stock. Cet ouvrage vient de sortir en poche chez Champs Flammarion.































Rose-Marie Pagnard























































































































En passant à Genève je n’allai voir personne; mais je fus prêt à me trouver mal sur les ponts. Jamais je n’ai vu les murs de cette heureuse ville, jamais je n’y suis entré sans sentir une certaine défaillance de cœur qui venait d’un excès d’attendrissement. En même temps que la noble image de la liberté m’élevait l’âme, celles de l’égalité, de l’union, de la douceur des mœurs me touchaient jusqu’aux larmes et m’inspiraient un vif regret d’avoir perdu tous ces biens. Dans quelle erreur j’étais, mais qu’elle était naturelle ! Je croyais voir tout cela dans ma patrie parce que je le portais dans mon cœur. Jean-Jacques Rousseau – Les Confessions
A ne pas manquer le vendredi sur la RTS à 20h10, un voyage au fil du Rhône.
belle lurette que ça dure, les montagnes suisses tour à tour salvatrices, mystérieuses, ensorcelantes ou démoniaques savent inspirer les meilleurs auteurs. Thomas Mann avait flairé le coup dans « la Montagne Magique » où il avait campé le voyage initiatique et philosophique de son héros Hans Castorp dans un sanatorium de Davos dans les années 30. Plus près de nous, c’est le cinéaste Olivier Assayas qui n’avait pas résisté à la magie de Sils Maria, petit village alpin de l’Engadine, pour mettre en scène la rencontre de deux actrices l’une débutante (Kristen Stewart) et l’autre déjà starisée (Juliette Binoche).

Appartenant à l’une des plus anciennes familles neuchâteloises, Jean-Frédéric Perregaux s’installe à Paris dès la fin de ses études, à vingt-et-un ans, et travaille pour Jacques Necker, futur ministre des finances de Louis XVI. En 1781, il fonde sa propre banque avec l’aide du financier Jean-Albert Gumpelzhaimer. Sa clientèle, constituée d’aristocrates anglais et français, dont la célèbre Germaine de Staël, prospère rapidement. Fortune établie, il acquiert un hôtel à la Chaussée-d’Antin, le plus beau de la rue, à l’instar de son confrère Jacques Récamier. Féru d’opéra et de théâtre, Perregaux se montre un mécène généreux et se lie d’amitié avec plusieurs artistes. Lors de la Révolution française, inquiété pour son implication dans plusieurs affaires compromettantes, il quitte précipitamment Paris pour la Suisse, mais pas pour longtemps. Sous le Directoire, il retourne à Paris et rétablit ses relations. Proche de Bonaparte, il fut l’un des commanditaires du coup d’Etat du 19 brumaire. Il en sera récompensé, Bonaparte le nomme conservateur au Sénat et Régent de la Banque de France. Décédé en 1808, ses cendres sont enterrées au Panthéon.
Fougueux Général de la Révolution du Premier Empire, Reynier naquit à Lausanne en 1771. Après ses études à l’

