Les falaises du deuil

Seul à bord de son voilier, Andrew disparaît en mer. Le corps du marin, marié à Elise et père de deux enfants, n’est pas retrouvé.  Dans son roman « Rentrée des classes », Laurence Boissier nous conte l’effondrement de la famille. Une tragédie qui se déroule à Genève dans les années septante, l’époque où Deep Purple et Frank Zappa s’écoutaient en boucle.

Au Musée de porcelaine et de l’argenterie, Elise n’a pas réapparu. Pourtant, il y a urgence. Tombé en désuétude, il est déserté par les visiteurs. Il faudrait solliciter les donateurs de plus en plus frileux et ranimer la curiosité pour les objets infiniment précieux, des projets que l’historienne en art portait à bout de bras avant le drame.

Désormais, loin des priorités culturelles, ses pensées sont alarmantes. Car depuis la disparition, Henry refuse obstinément d’aller à l’école et sa petite sœur, Mathilde, s’enferme dans son armoire. Aux confins du désespoir, leur mère est en proie à des sentiments déconcertants. Et si Mathilde avait préféré la perdre et garder son papa adoré?  Un doute lancinant qui reste sans réponse « Lui parler du père le plus possible et à toutes les occasions » , lui recommande le pédiatre.

Dès lors, comment survivre à la douleur incommensurable sans sombrer dans l’oubli ? A chaque sonnerie de la porte d’entrée, l’espoir renaît, l’inimaginable resurgit, le cœur bat plus vite… Dans leur accablement, ces âmes éperdues peuvent compter sur la bienveillance du directeur du Musée, personnage attachant et non moins en carence affective. Malgré les faits tragiques, l’auteure glisse subtilement des passages teintés d’humour comme pour adoucir le récit et nous décrocher un sourire.

Lauréate du Prix suisse de littérature pour son précédent ouvrage « Inventaire des lieux », Laurence Boissier nous captive par son roman à la fois désespéré et lumineux, une « Rentrée des classes » magnifiquement décrite.

Ann Bandle

Laurence Boissier
«La Rentrée des classes»
éditions art&fiction, Lausanne 2017

 

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