Archives de l’auteur : Béatrice Peyrani

Ma mère, cette inconnue

 

Philippe Labro lui aussi est amoureux de la Suisse – il y revient souvent skier en famille – se penche sur l’enfance chahutée et très secrète de sa maman, Netka, décédée en 2010, fille naturelle d’une institutrice et d’un conte polonais qui la confie à des mamans de substitution. Abandonnée, la jeune femme prendra pourtant sa revanche sur la vie, grâce à l’amour. Elle va rencontrer l’homme de sa vie Jean Labro (le père de Philippe), ils vont se marier, avoir quatre garçons et ensemble sauveront de nombreux Juifs pendant la guerre. Mère et grand-mère exemplaire, Netka a adoré la vie. Avec intensité et fougue elle a vécu jusqu’à…99 ans. BP

Philippe Labro Ma mère, cette inconnue
Gallimard

 

 

Un personnage d’aventure de Chantal Delsol

Sur l’enfance, la famille, les parents, à ne pas manquer: Chantal Delsol. Un personnage d’aventure. Petite Philosophie de l’enfance. Editions du Cerf.

Un essai philosophique sur l’aventure de l’enfance, des parents, de l’école. Comment être formé et dé
terminé sans être conditionné ou formaté. Comment retrouver « la petite vie » dont parlait Charles Péguy qui fait grandir et éclaire chaque journée. BP

Un père ne meurt jamais…

Metin Arditi signe l’un de ses plus beaux romans en ce début d’été. «Mon père sur mes épaules » qu’il publie ces jours chez Grasset doit être glissé d’urgence dans votre valise de vacances.

« Mon père prenait le temps qu’il fallait. Les problèmes des autres ne devenaient jamais les siens, et cette liberté lui permettait de garder sur ses interlocuteurs un ascendant absolu ». Phrase clé du dernier roman de Metin Arditi, l’écrivain revient vingt ans après sa mort sur l’homme qui a le plus compté dans sa vie : son père. Comment ont-ils tissé leur relation? Qu’a pesé la distance kilométrique entre ces deux êtres ? Comment cette relation l’a-t-elle façonné à son tour dans ses liens ses propres enfants, se demande avec émotion, l’auteur, devenu à son tour père et grand-père.

Le jeune Metin est venu vivre en Suisse à l’âge de sept ans pour rejoindre seul un pensionnat de Paudex. Il a du s’arracher encore tout petit à son pays natal la Turquie et à sa famille restée à Istanbul. L’enfant a passé sa jeunesse, y compris la majeure partie de ses vacances en République Helvétique. Il y retrouvait sa maman radieuse et solaire à peine ou plus un mois d’été et son papa élégant, héroïque, admirable que quelques jours par an, tous deux dans cette même Confédération Suisse, en terrain neutre. Comme si ce père tutélaire et infaillible voulait protéger son fils d’une jeunesse istanbuliote aussi dorée que trompeuse ? Faut-il s’imposer un tel sacrifice pour élever son fils ? Mais avait-il d’autre choix pour le faire grandir ? Le père de Metin avait vécu avant-guerre à Vienne. Il y avait eu la guerre, l’exil pour lui. Il avait rebondi en Turquie, il y avait assez bien réussi en y important des balances analytiques Mettler. Tout aurait pu être simple. Mais il y avait un fantôme dans la famille de Metin. Il s’appelait Tülin, c’était une petite fille de deux ans. La sœur de Metin, morte avant sa naissance à l’âge de deux ans. Le couple parental ne s’était jamais remis de la perte de la petite fille, une sœur dont ils ne parlaient jamais. Pourquoi s’ épancher sur ce qui fait mal….

Sur le papier, l’exil forcé de Metin s’est déroulé comme sur des roulettes: élève brillant, physicien titulaire d’un troisième cycle en génie atomique, d’un MBA à Stanford, adolescent pas très sportif, il a toutefois la chance d’y rencontrer Géraldine Chaplin, puis la femme de sa vie. Il y croise aussi un jeune homme prometteur, un certain John Kerry. Arditi est devenu homme d’affaires à succès, écrivain reconnu. Il est resté en Suisse et vient de lui consacrer un superbe Dictionnaire Amoureux. Pourtant, malgré les honneurs et les consécrations publiques, la blessure restait ouverte : l’ex pensionnaire semblait en quête d’une estime, d’une admiration, d’une reconnaissance paternelle jamais dévoilée. Mais l‘amour des livres les a sauvé sans qu’ils ne s’en rendent compte tout de suite. Pour eux, le papa de Metin n’entendait pas compter parce que les livres, c’est autre chose. Oui c’est autre chose, un livre. Un livre c’est différent d’une tenue de Hockey sur glace coûteuse et inutile. Avec un livre, un père ne meurt jamais et devient immortel. Oui c’est bien cela, avec Mon père sur mes épaules, Metin Arditi a retrouvé son père, plus vivant que jamais. Tout comme son lecteur retrouve dans son roman le sien. Avec délice.

Béatrice Peyrani

Mon père sur mes épaules
Metin Arditi
Editions Grasset
Parution : Mai 2017

 

 

 

La Suisse vue par des Femmes

Un guide de voyage pas comme les autres, fruit d’une ONG, Women in action worldwide.

C’est vraiment une bonne idée qu’ont eu Elisabeth Thorens et Carin Salerno. Ces deux copines de classe, elles se sont rencontrées à 4 ans sur les bancs de l’école, ont fait chacune un joli parcours professionnel, la première comme enseignante après avoir étudié et vécu aux Etats-Unis, l’autre à la direction de la coopération et du développement, ont en commun d’avoir beaucoup voyagé et de s’être confronté au grand défi qu’on attend toujours d’une femme et dans tous les pays savoir tout réussir de front: une carrière, un mariage, des enfants…Quadrature du cercle qui n’en finit pas de tous nous questionner. De leur expérience et leur amitié, Elisabeth Thorens et Carin Salerno ont décidé d’apporter leur propre contribution au débat : en créant à Genève avec quelques autres femmes de bonne volonté, une ONG, Women in action Wordwide, dont le but est de promouvoir l’empowerment socio-économique des femmes. Leur premier projet : lancer une collection de guide de voyages, vue à 100% par des femmes, histoire de s’affranchir des visions un peu machiste que la presse peut parfois donner d’une destination touristique. Trois guides[1] sont déjà sortis, dont l’un justement sur la Suisse.

Un carnet de voyages qui nous fait découvrir chaque grande ville ou localité de charme par une femme emblématique. Bien sûr, certaines figures étaient aussi inévitables qu’attendues. On s’étonnera pas de rencontrer à Lausanne, Gisou Van der Goot , force vive de l’EPFL, à Genève la dynamique Carole Hubscher qui dirige la mythique fabrique de crayons de couleurs Caran d’Ache ou Angela de Wolff, la pionnière de la finance durable qui a crée sa propre structure Sustainable Geneva, mais le Monde des Femmes SUISSE nous fait découvrir bien d’autres femmes aussi charismatiques que talentueuses : comme Aurélie Branchini, technicienne en restauration d’horlogerie ancienne à la Chaux-de-Fonds, Elena Ramelli, une tessinoise de 72 ans, qui tient depuis soixante ans, un stand de saucisses et de souvenirs au col du Gothard, en dépit de terribles épreuves personnelles, ou encore Anne-Françoise Buchs, propriétaire avec son mari de l’hôtel historique le Bella Tola, à Saint-Luc, devenu grâce à leur énergie un fleuron de l’hôtellerie de montagne suisse.

La Suisse vue par women in action worldwide. Une formidable initiative. Une jolie façon de
découvrir la Confédération avec ces surdouées de la vie qu’on aimerait toutes avoir pour amies.

Béatrice Peyrani

Le Monde des Femmes Suisse
Women in action worlwide.  

[1] Tanzanie, Birmanie…

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La Suisse de Metin Arditi

IMG_4451 (1)L’auteur du Turquetto sort un Dictionnaire amoureux de la Suisse chez Plon. Jubilatoire.

Si vous épelez – S comme ski, U comme Union démocratique du centre, I comme Internats suisses, S comme Seconde guerre mondiale, S comme Simon Michel, acteur génial et genevois jusqu’au bout des ongles, E comme Ecoles Polytechniques en reliant chacune des initiales, vous trouverez un pays qui s’appelle bien entendu la S-u-i-s-s-e.

Metin Arditi a eu la bonne idée de sortir chez Plon, son « dictionnaire amoureux de la Suisse » et comme ses prédécesseurs, Jean-Noël Schifano pour Naples ou Philippe Sollers pour Venise, il brosse un extraordinaire portrait par petites touches colorées et subtiles de A à Z, de sa bien-aimée.

En effet, la Suisse est, en quelque sorte, sa fée clochette puisqu’il avoue qu’elle lui a tout offert. « Dire que ce pays m’a beaucoup donné serait peu. Il m’a comblé. », avoue l’auteur de son grand roman à succès « Le Turquetto ».

Il y a fort à parier que son nouvel ouvrage, qui comprend plus de 180 entrées et qui traite tant des hommes (de Calvin à Cendrars en passant par Giacometti ou Albert Cohen, sans oublier Roger Federer… ), des lieux ( Zurich, les quais du lac Léman, la Rue du Rhône à Genève, Lausanne avec sa rue du Bourg …) que de notre vie quotidienne (la Migros, la loterie Romande, les vins, la RTS…) sans oublier les standards, revus et corrigé avec son humour et sa perspicacité (les montres, les banques, la fondue, le cirque Knie…) sera un beau succès tant il le mérite.

Né à Ankara en1945, en Turquie, venu vivre à Paudex à l’âge de sept ans, « Suisse à quatre sous, comme on dit ici », le naturalisé n’a pas voulu payer une dette, mais oser une déclaration. Une déclaration d’amour à la Confédération Helvétique. Une jolie histoire, qui est née de sa rencontre un soir à Paris – autour d’une bonne bouteille – avec le créateur de la collection des Dictionnaires amoureux chez Plon, Jean-Claude Simoën et un ami commun, le poète Elias Sanbar, auteur d’un Dictionnaire amoureux de la Palestine.

La soirée fut belle et fructueuse puisqu’elle nous permet de découvrir quelques unes des facettes brillantes ou plus discrètes d’un pays plus mystérieux qu’on ne croit.

Metin Arditi commence sa promenade sur les chapeaux de roue, à toute allure avec à la lettre A comme Alinghi, le super bateau symbole de la Suisse qui gagne, belle performance « pour un pays privé de mer », mais qui sait construire « un bateau juste, à l’extrême pointe des connaissances du moment », explique-t-il et, dont les initiateurs ont su mobiliser tous les talents et les énergies. Continuant sur cette Suisse innovante nous re-découvrons la saga de la famille Piccard qui du professeur Tournesol à « Impulse Solar » mobilise l’intérêt des 7 à 77 ans…

Après nous irons flâner sur quelques hauts lieux touristiques comme le Château de Chillon, une forteresse qui « a de la gueule » ou au Château Mercier à Sierre,  «qui fait penser aux chambres d’un sultan », et nous nous aventurerons dans la « ville travail » de la Chaux de Fonds, la cité horlogère où «tout est tendu, pensé, réfléchi, calculé. La Chaux –de-Fonds est bâtie en damiers, d’est en ouest, en parallèle à la vallée, le « plan Junod » comme on dit. Point de banlieue. D’un pas, on quitte la ville pour se retrouver à la montagne ».

L’écrivain emprunte aussi les Chemins de fer fédéraux – avec lesquels il a fait ses premiers voyages d’enfant pour rallier Bex à Chésières, près de Villars-sur-Ollon afin de gagner son home d’enfants pour les vacances d’été. Plus tard il partira à l’assaut de Zermatt et Gornergrat- « plus intimidants » tout en réaffirmant que « toute occasion de se retrouver dans un wagon CFF est une joie ». Ne manquez pas son arrêt a la gare de Genève qui lui donne l’occasion d’écrire un amusant « Propre en ordre », expression typiquement suisse puisque le pays s’est construit
aussi sur ces deux valeurs et qu’il illustre par la description minutieuse et amusante du travail d’un préposé au nettoyage.

N’oublions pas la gourmandise avec le T de Toblerone qui s’affiche avec l’effigie de sa montagne la plus reconnaissable, le Cervin et, si on est fondu de F-Fromages- on rendra grâce à ces vaches « qui sont les plus belles du monde ».

Autant de pérégrinations festives qui n’empêche pas l’auteur d’écrire tout le mal qu’il pense des forfaits fiscaux qui consiste à « pirater de riches contribuables de pays appelés « amis » et qui sont souvent dans des situations économiques bien plus défavorables que la Suisse… » et tout le bien des « sociétés de lecture » dont celle « parmi les plus délicieuses » de Genève.

On l’aura compris, il y a autant de passion que d’humour dans ce dictionnaire de la Suisse qui mérite bien son adjectif « d’amoureux ».

Béatrice Peyrani

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La Suisse de Diane von Fürstenberg

IMG_4269Lausanne a joué un grand rôle dans la vie de la créatrice de la fameuse robe portefeuille, désignée par Forbes comme l’une des femmes les plus influentes de la planète mode.

Bâle 1952, une femme très élégante et sa petite fille de cinq ans sont photographiées sur le quai de la gare. Elles sont des touristes belges, vraisemblablement en partance pour une station de ski huppée de la Suisse. Luxe, calme et beauté…Elles vont illustrer un article pour un magazine. Quelle revanche, pour cette mère apparemment si belle et si épanouie. Comment croire, que sept ans plus tôt, cette même femme pesait à peine 29 kilos et rentrait des camps nazis. Pour ses bourreaux, Lily Nahmias, la mère de la petite Diane, n’aurait jamais du survivre et encore moins avoir un enfant. Mais elle a toujours cru qu’elle s’en sortirait et qu’elle triompherait de la barbarie. Non seulement elle a survécu mais vécut, elle a prodigieusement aimé la vie. Et cet amour indestructible de la vie, elle l’a aussi su le transmettre à sa progéniture. Diane, la petite fille de 1952 est devenue la grande Diane von Fürstenberg, « DVF », grande papesse mondiale de la mode. Grâce à sa mère Lily, à son courage et à sa détermination, DVF jure être bien devenue la femme qu’elle voulait être.

Pas étonnant alors si cinquante ans plus tard, ce même cliché de 1952 trône toujours sur les étagères de la chambre de l’ appartement New-Yorkais de la créatrice de la fameuse robe portefeuille, qui n’a jamais voulu oublier d’où elle revenait…de loin. Chaque nouvelle année, sa mère lui écrivait « Dieu m’ a sauvé la vie pour que je puisse te donner naissance…Je t’ai donné la vie et tu m’as rendu la mienne. Tu es le flambeau et l’étendard de ma liberté… », raconte Diane von Fürstenberg. [1] Dès le plus jeune âge, Lily a appris à Diane à se battre, à résister à la peur, à dormir dans le noir sans broncher ou prendre le train seule toute jeune.

Enfant, Diane est pensionnaire quelques années à l’école Cuche à Lausanne. Elle s’y fera une grande amie qui quelques années plus tard, lui permettra de rencontrer lors d’une fête d’anniversaire son futur premier mari : Egon de Fustenberg, neveu des Agnelli. La Suisse a donc visiblement porté bonheur à Diane. C’est du moins ce qu’on découvre en lisant cette biographie que la créatrice a fait d’elle-même et qui est sortie en français chez Flammarion.

Jeune mariée, la ravissante Diane von Fürstenberg aurait pu se contenter de faire la une des magazines. C’était sans compter sur sa soif insatiable d’indépendance. La jet set ne lui suffisait pas. Cette battante a donc conquis sa liberté et fait fortune grâce à sa fameuse robe en jersey. Sans bouton ni fermeture éclair, cette tenue a de quoi séduire les femmes libres. La rédactrice en chef du Vogue Amérique adore et on connaît la suite, 5 millions de wrap dresses vendues en 1976 ! Diane veut construire sur son nom, une marque mondiale. Mais trop jeune, trop inexpérimentée, trop impulsive peut être, ses affaires peinent dans les années 80. Un divorce, plus tard un cancer auraient du la laisser sur le bord du chemin.

C’était mal la connaître, Diane, plus motivée que jamais, rebondit . Elle n’a plus de magasins ni de réseau de distribution efficace, elle ira donc vendre elle même…à la télévision. La planète mode la croyait obsolète. Elle jugeait le télé-achat ringard. Tant pis pour elle. Diane von Fürstenberg est redevenue pour les femmes une icône. Ses robes portefeuilles, plus tendance que jamais, s’arrachent de nouveau et font les beaux jours des célébrités sur les tapis rouges. Inoxydable peut être, toujours combattante et déterminée, Diane n’en a jamais oublié de vivre, d’aimer, et de danser de Capri à Bali. Ses enfants (Alexander et Tatiana) dit-elle sont pourtant sa plus grande réussite. La businesswomen n’entend pas abdiquer son rôle de mère et de grand-mère très glamour.

Diane von Fürstenberg consacre désormais la majorité de son temps à la fondation qu’elle a crée avec son mari depuis 2001, l’homme de média Barry Diller qui œuvre en faveur de l’éducation, de la culture et des droits de l’homme. Non Diane n’a pas oublié qu’elle revenait de loin.

Béatrice Peyrani

[1] La Femme que j’ai voulu être, édition Flammarion.

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Comprendre les Suisses le temps d’un aller Genève-Paris

andre_crettenand(ou l’inverse !) en TGV Lyria. C’est le sacré défi lancé par le guide que publie André Crettenand: « La Suisse, invention d’une Nation. »

Proposée par une jeune collection, ce nouvel ouvrage entend se pencher sur la genèse de la Suisse pour en décoder l’âme de son peuple. Sage initiative, quand malgré la globalisation de l’économie, la compréhension mutuelle des hommes semble se réduire comme une peau de chagrin.

Revenir aux racines culturelles et historiques sans se perdre dans les méandres de la fabrication des Etats Européens et …en quelques dizaines de pages, semble une gageure. Et pourtant le défi paraît relevé avec « La Suisse, invention d’une Nation ».

A bon entendeur, d’abord pour les amoureux des mythes : non Guillaume Tell n’a peut être jamais existé, précise son auteur André Crettenand, directeur de l’information de TV5 Monde. Mais sa légende a rendu un fier service aux Suisses : elle a façonné leur identité.

On s’en souvient Guillaume, le facétieux guerrier avait plus d’une flèche à son arc. Il a su utiliser la première pour viser la pomme que l’ horrible bailli (acoquiné aux Habsbourg) avait posé sur la tête de son fils et réservé la seconde pour tuer le vilain seigneur félon.

Guillaume « ne savait pas faire de grandes phrases », rappelle André Crettenand, mais « il vise juste ». Agir plutôt que briller. Tiens donc? Serait-ce l’un des premiers secrets de l’âme suisse traqués par l’auteur ? On ne sait pas soulever des montagnes, percer des tunnels ou construire des ponts par hasard. La Suisse n’ a pas de château de Versailles ou d’Empire State Building. Mais elle est entourée de sommets de plus de 4000 mètres, qui au fil des siècles ont forcé ses habitants à savoir « monter et gravir l’inaccessible ». Pour sûr, un serment entre montagnards sur une prairie (le fameux pacte du Grütli scellé par les premières communautés, renouvelé par le général Guisan en 1940), n’a pas donné à la Suisse une légende grandiloquente, mais il a cimenté une communauté de destins, et enfanter une Nation entreprenante et courageuse. Travailler sans bruit, ni murmure, au prix d’une neutralité quelquefois difficile à assumer comme pendant la Seconde Guerre Mondiale, relève André Crettenand.

Peiner, endurer, avancer… en 2016 la Confédération reste la championne des dépôts de brevets, des machines outils, des montres, des nouvelles technologies qui en font un…. paradis des start-up de pointes.

Une réussite qu’elle doit à coup sûr à ses habitants. Se pencher sur leur supplément d’âme, n’est pas inutile en ces temps difficiles… Les deux grands témoins interrogés par André Crettenand ont eu aussi leurs idées sur la question. On lira avec intérêt l’entretien mené avec l’écrivain Metin Arditi sur le sens du collectif et de la responsabilité des Suisses.

Béatrice Peyrani

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Découvrir la Suisse d’aujourd’hui en bonne compagnie

2016_couverture_suisse_village_vdC’est le propos d’un livre collectif publié par les Editions de l’Aire. Des artistes nous racontent leur Genève, Morges, Vevey ou Zurich. Rêveries attachantes de promeneurs aux aguets.

La Suisse revisitée par une vingtaine d’auteurs contemporains. C’est la bonne idée des Editions de l’Aire qui publient un joli recueil «La Suisse est un village », prétexte aux flâneries ironiques, tendres ou mordantes d’artistes, au parcours très divers. Trois français, amoureux de la ConfédérationMaurice DenuzièreMichel ChipotIsabelle Leymarie ont choisi de croquer avec humour leur Vevey, Zurich, ou Genève.

On ne présente plus Maurice Denuzière, journaliste à France-Soir puis au Monde, auteur de sagas à succès Louisiane ou bien sûr . Sa ville suisse de prédilection: Vevey, qu’il apprécie sans modération lors de la fête des Vignerons, sorte de « Thanksgiving à la mode vaudoise….célébration reconnaissante de la générosité de la nature. » Sensible à l’esprit des lieux, Denuzière qui a parcouru Vevey en long et en large au fil des ans, saison, après saison, n’ a qu’un vœu que Charon, le passeur des âmes vienne le chercher au jour dit …sur les fameuses rives du Léman.

Le mathématicien Michel Chipot qui a élu domicile à Zurich, la ville la plus américaine et aussi la plus chère de Suisse, nous raconte le goût sans complexe de cette cité pour les traditions et les avant-gardes : fête de la Sechselaüten (mise à mort de l’hiver symbolisé par un Böögg, une sorte de bonhomme de tissu jeté au bûcher), festival pride, lieu de prédilections des dadas… Isabelle Leymarie, dont le père professeur d’histoire de l’art à l’Université de Genève où de jeunes iraniennes rentraient parfois pour le week-end à Téhéran nous fait elle revivre le grand Genève des années 50 où l’on croisait Tristan Tzara, Alberto Giacometti ou Michel Simon. Voilà pour la nostalgie peut-être, mais n’allez pas croire que le livre est un guide de voyage comme un autre. C’est plutôt un guide flâneries en bonne compagnie, Madeleine KnechtBertrand BaumanJon FergusonCédric PignatChristian Campiche ont visiblement pris le parti de raconter leur Carouge, Château-d’Oex, Bienne, ou La Chaux-de-Fonds d’aujourd’hui, de leur quotidien, avec leurs coups de gueule et coups de cœur.

A découvrir : « La Suisse est un village », éditions de l’Aire

Béatrice Peyrani

Du Léman à Nice

img_3323Retour sur la construction de la plus belle route de montagne du monde

Offrir une route nationale qui irait de Thonon-les-Bains à Nice sans interruption ? C’est en 1903 l’idée révolutionnaire du conseil général du département de la Savoie, conscient du futur développement du tourisme et désireux de sécuriser des voies d’accès à la mer, en dehors de l’Italie, au cas où un conflit éclaterait. Bien sûr une route des Alpes s’est déjà construite au fil du temps, avec 600 kilomètres de voies plus ou moins carrossables, qui ont permis, dès l’Antiquité, aux envahisseurs tel Hannibal ou César de passer les Alpes, mais des sections comme le col de la Cayolle reliant les Alpes-Maritimes aux Hautes Alpes et celles du col de l’Iseran en Savoie sont à édifier pour permettre un accès d’Evian à Nice, sans ruptures de voie. En 1907, ce projet pharaonique pour une circulation automobile encore balbutiante, est chiffré à 4 millions de francs (équivalent selon les convertisseurs INSSE à plus de 15 Milliards d’Euros d’aujourd’hui).

Cher, trop cher pour un département comme les Hautes-Alpes, rongées par l’exode et la désertification agricole, qui ne peut régler sa quote-part : 376 000 francs (1.5 Million d’Euros).

Qu’importe un homme Abel Ballif, président du Touring-Club de France n’hésite pas à imaginer un vrai partenariat public-privé afin de rendre possible le démarrage du chantier. Association fondée en 1890, le Touring Club de France qui entend développer le tourisme, compte déjà quelques 100’000 membres. L’association installe des chalets refuges, des tables d’orientation, des panneaux de circulation pour favoriser la découverte de nouveaux paysages et l’essor des cyclistes et premiers automobilistes. Il a l’intuition que le tourisme sera un secteur clé de la France du XXème siècle. Le Touring Club sait aussi se doter de ressources. Il donne des conférences, édite des cartes et des guides pour aider les voyageurs à sillonner cols et routes. Il a déjà soutenu la construction de la corniche de l’Estérel reliant Saint Raphaël à Cannes, qui a permis un vif essor des stations balnéaires du littoral. Et c’est tout naturellement que le Touring Club accepte de financer 50% de la part du département des Hautes- Alpes.

Le projet de la plus belle route de montagne du monde est donc lancé. Les travaux vont vite et le circuit est inauguré dès juillet 1911 ; au total neuf cols à franchir, dont 5 dépassent les 2000 mètres, une altitude cumulée de plus de 10 600 mètres… la Route des Alpes a de quoi retenir l’attention des media, qui très vite se précipitent pour découvrir ses merveilles .

Une visite officielle président de la République est même attendue pour le 10 août 1914 de Nice à Evian. Elle n’aura jamais lieu, la Grande Guerre de 1914 en ayant décidé autrement. La France déclare la mobilisation générale le 1er août 1914.

La Route des Alpes devra attendre le retour à la paix et l’été 1919 pour voir enfin ses premiers vrais touristes. Le Touring Club organise de nombreux voyages de presse pour faire découvrir les six grandes étapes du circuit (Nice – Barcelonnette, Bercelonnette – Briançon, Briançon –Grenoble, Grenoble – Aix-Les-Bains, Aix-Les-Bains – Chamonix, Chamonix – Evian-Les-Bains). Les journalistes britanniques s’extasient sur les beautés de cette route magnifique qui vous transporte des jardins de la riviera regorgeant de palmiers, de mimosas, de figuiers aux reflets bleus argentés du Léman, en passant par les glaciers de Chamonix. En 1924, la voie d’hiver entre Nice et Aix-Les-Bains est ouverte. Elle permet d’allonger la saison d’été à Thonon et Evian et de proposer aux automobilistes les plus aventureux de goûter aux charmes de la Côte d’Azur en dehors de la saison haute (qui se situait alors en février avec les fêtes de Carnaval). Souvent les établissements hôteliers de Nice et Evian se partagent les mêmes directeurs qui peuvent ainsi accompagner leurs grands clients …toute l’année. Les derniers tronçons de la route des Alpes, désormais consacrée Voie Royale sont parachevés en 1937. En 1938, l’Hexagone compte 1 520 000 véhicules, le Touring Club 300 000 membres, une belle occasion pour le président de la République Albert Lebrun de rendre hommage à ses dirigeants décidément si visionnaires.

Dans les années 50, la France va bientôt se passionner pour les exploits cyclistes d’un certain Louison Bobet qui forgera sa légende dans l’ascension de ses cols. Bientôt ce seront des millions de Français et d’étrangers qui vont sillonner chaque année les axes Briançon – Grenoble ou Grenoble – Aix-Les-Bains. Quant à la légende la Route des Alpes, elle continue de s’écrire.

Béatrice Peyrani

Pour en savoir plus : Photos des voitures autocars grises et rouges Berliet, affiches de promotion de la compagnie PLM, guides des étapes clés de la Route mythique des Alpes sont à découvrir dans une jolie exposition consacrée à l’histoire de la Route des Alpes à la Maison Gribaldi d’Evian jusqu’au 13 novembre 2016.

 

 

 

Passions secrètes d’un français pour Dubuffet, Basquiat et les autres à Lausanne

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Il a choisi de rester anonyme mais a souhaité partager sa passion pour la peinture des années 50 à nos jours. A la Fondation de l‘Hermitage, un mécène français nonagènaire (avec un bon ADN artistique…son père peignait, sa mère collectionnait, son frère dessinait…) dévoile jusqu’au 30 octobre plus d’une centaine de ses peintures et sculptures. Une promenade enchanteresse au travers de ses coups de cœurs et de ses amitiés pour Louise Bourgeois, Andrew Mansfield, Robert Barry…

Depuis plusieurs années, la Fondation de L’Hermitage de Lausanne a noué avec succès des liens étroits avec certains collectionneurs lui permettant de montrer au public des œuvres inédites. C’est encore le cas cette fois ci avec cette exposition « Basquiat, Dubuffet, Soulages…une collection privée » où un esthète français, qui a préféré garder l’anonymat, a accepté de prêter pour quelques mois plus d’une centaine de ses peintures et sculptures, qui ont souvent été choisies et acquises dans les ateliers mêmes des artistes.

L’exposition commence avec une œuvre surprenante du suisse Christopher Draeger (le crash du R101, Beauvais, 5 octobre 1930), tableau inspiré d’une catastrophe, l’incendie d’un dirigeable britannique, qui avait causé la mort de 47 personnes à Beauvais et particulièrement marqué enfant le collectionneur, alors âgé de 4 ans. Le petit garçon avait vu les flammes du dirigeable alors qu’il était la nuit dans sa chambre chez son grand–père. Le lendemain, il était allé voir la carcasse de l’appareil avec son père et se souvient encore des agents de police qui assuraient le périmétre de sécurité. Un souvenir très présent dans sa mémoire qui a fait peut être qu’il ne pouvait qu’acquérir l’œuvre de Draeger. Qui sait.

Le parcours de l’exposition se poursuit par des accrochages plus prévisibles qui font la part belle à l’art de l’après-guerre : une salle consacré à l’œuvre foisonnante et facétieuse de Dubuffet, des toiles du danois Asger Jorn, fondateur du mouvement Cobra, et au néo- expressionnisme : Michel Marcelo (et ses natures mortes…), Jean-Michel Basquais, Anselm Kiefer. La création européenne est bien représentée avec les œuvres de Pierre Soulages, Niele Toroni (empreintes de pinceau numéro 50 répété à intervalles réguliers de 30 cm), Louis Soutter, Bertrand Lavier….Une belle sélection d’artistes américains Carl André, Mark Tobey, Cy Twombly …parachève cet ensemble unique. Sans oublier le coup de cœur du mécéne pour Derain, (Portrait du fils de l’artiste dans l’atelier, vers 1946-1950).

EXPOSITION « BASQUAIS, DUBUFFET, SOULAGES… UNE COLLECTION PRIVÉE » DU 24 JUIN AU 30 OCTOBRE 2016 – FONDATION DE L’HERMITAGE 

Béatrice Peyrani

 

 

Saint Moritz ou Zermatt sous le soleil exactement de la Dolce Vita

9782840496618 2Dans « In my Fashion », Bettina Ballard correspondante américaine de Vogue à Paris avant guerre puis après la Libération nous fait revivre les grandes heures de la haute couture en compagnie de Chanel, Dior ou Givenchy. Un délice à déguster comme un Spritz en été.

C’était d’un temps pas si lointain où le marquis Emilio Pucci habillait les élégantes sur les pistes de Saint Moritz ou Zermatt, photographiées par la créative Toni Frissel. C’est cette plongée dans les mémoires que ressuscitent Bettina Ballard dans son journal tout juste publié par les éditions Séguier. Emilio Pucci raconte Bettina « voyage sans cesse entre les 33 pays dans lequel il vend des vêtements. Il s’amuse aussi vite qu’il travaille, et parvient souvent à combiner les deux. Quand il skie comme un professionnel à Saint Moritz, il est sûr de croiser sur les pistes une de ses clientes qui lui commandera trois pantalons supplémentaires. » De Paris à Rome, en passant par New York ou Saint Anton, pas un des endroits fréquentés par la Café Society [2] ne manque à l’agenda de celle qui fut l’une des plus influentes journalistes américaines de l’avant et après- guerre. Mais surtout pas un des couturiers éminents n’échappe à la galerie de portraits que croque avec talent et rigueur la rédactrice. Néanmoins, pas simple spectatrice de son époque, elle s’engagea comme volontaire pour la Croix-Rouge pendant la seconde guerre mondiale et fut expédiée en Afrique du Nord pendant le conflit.

Chanel, Balenciaga, Christian Dior, Schiaparelli, la reportrice  les connut tous dans leur intimité.  Invitée dans les années 30 de la Villa La Pausa, à RoquebruneGabrielle Chanel possédait une maison sur la Riviera (que vient d’ailleurs récemment de racheter la Griffe aux deux C), Bettina Ballard restitue avec minutie le décor de la demeure chère à la couturière libératrice du corps des femmes. « La couleur dominante était le beige bien sûr. Même le piano était beige, comme toutes les chambres. On me rappela  que le duc de Westminster avait fait peindre son yacht en beige et qu’elle en avait tiré son obsession pour cette couleur en décoration…. » Mais en n’en oublie pas moins de donner quelques détails amusants sur le quotidien très privilégié des invités de la Pausa : «  On ne croisait personne le matin, et le déjeuner était le premier moment de la journée où les invités se réunissaient. Personne ne ratait ce repas, toujours très amusant. Dans la longue salle à manger, un buffet proposait des pâtes italiennes chaudes, du rôti froid, des plats typiquement français, un peu de tout en fait… ». Tout était servi sans qu’on y ait vu le moindre domestique s’affairer, Chanel ne mangeait rien ou presque note Ballard dans son journal, mais restait debout devant la cheminée, une main dans une poche, « l’autre brassant l’air, un sourire élargissant sa bouche déjà grande, alors qu’elle racontait des anecdotes drôles, touchantes ou malicieuses sur son passé ou celui de ses amis. »

Après-guerre, Bettina Ballard revient à Paris libéré et ré-enchanté par un certain Christian Dior qui fait ses débuts de couturier en 1946 chez Lucien Lelong. Entre une omelette au caviar et un soufflé au homard, Ballard et Dior construisirent une solide amitié tandis que les défilés du timide couturier enchainent triomphe sur triomphe jusqu’en 1957, année de la disparition prématurée de l’inventeur du New Look.  Le génie de la mode disparu, Bettina Ballard doit trouver ses héritiers. Nul doute  pour elle ce sera Balenciaga et le jeune Hubert de Givenchy qui vient de s’installer avenue George V. « Chaque saison les voit rivaliser pour la place d’honneur de la haute couture ; Balenciaga règne par son élégance pleine de maturité, mais Hubert de Givenchy l’emporte en jeunesse et en fraîcheur. Ce sont les deux plus importants couturiers de l’heure actuelle. » Morte en 1961, Bettina Ballard a le temps de décrire les premiers grands succès du prêt à porter américain mais n’ assistera pas à l’ ascension d’Yves Saint Laurent, dommage, elle l’aurait sûrement beaucoup aimé. Il n’empêche le livre de Bettina Ballard, si pudique sur sa propre vie privée, se savoure avec délices et ravira ceux pour qui la planète mode ne rimait pas avec frivolité mais amour de la vie.

Béatrice Peyrani

 

 

 

Un Suisse roi de l’affiche : Gene (Jean) Walther

C’était IMG_8977IMG_9003-1dans les années 50 à New York. Il s’appelait Jean Walther. Le Musée Forel de Morges lui rend hommage. Une belle initiative qui s’inscrit dans la même démarche qui avait conduit ce même Musée à nous faire redécouvrir il y a quelques mois la vie tumultueuse du mannequin vedette Capucine.

Pour Jean Walther, ce sont ses descendants qui ont eu l’heureuse idée de confier au conservateur du Musée ses archives et de remettre un coup de projecteur sur ce grand affichiste. Jean Walter est né à Naters dans le Valais en 1910 dans une famille d’artistes. Après avoir suivi des cours dans l’atelier école de Georges Aubert à Lausanne , il intègre à Paris le bureau du plus célèbre affichiste de l’époque à savoir Cassandre (Adolphe Jean Marie Mouron) dans les années 30, avant de gagner l’Amérique et d’y connaître un beau succès. L’exposition de Morges nous fait découvrir ses créations colorées et élégantes de Jean Walther  (qui signe désormais son travail Gene Walther ) comme pour la compagnie aérienne TWA, la destination Lausanne ou la marque Nescafé. Sa mort prématurée à l’âge de 58 ans l’a sans doute privée de la reconnaissance qu’il méritait. Une injustice que le Musée de Morges tente de réparer.

La vie de Château dans le canton de Vaud

UnknownVous rêviez d’en savoir plus sur le patrimoine du Canton de Vaud, la nouvelle revue Patrimonial est faites pour vous. Pour son premier numéro, l ‘équipe a choisi de consacrer la majorité de ses 140 pages aux châteaux du canton qui font l’objet de chantiers d’envergure.

Premier bénéficiaire de cette campagne le château Saint Maire, à Lausanne qui fut la demeure des évêques. Construit au XIV siècle, l’imposante bâtisse de briques rouges et de molasse, qui abrite aujourd’hui le siège du gouvernement cantonal, est en cours de réhabilitation et de réaménagement. « A l’intérieur, au premier niveau, la chambre dite « de l’évêque » conserve une cheminée et un plafond peint remarquables remontant aux aménagements d’Aymon de Montfalcon. A l’étage inférieur, des peintures murales médiévales, dont certaines viennent d’être découvertes, décorent les anciens espaces de réception », explique la Revue. Si le public devra encore patienter quelques longs mois avant de REdécouvrir Saint Maire, la revue Patrimonial permet déjà d’avoir un avant goût de la beauté des peintures murales et de comprendre la complexité de la difficile conservation des édifices en molasse. Si la revue traite longuement du chantier de l’emblématique Chillon, il vous fera peut être découvrir les châteaux Cheseaux, Bavois, Lucens ou encore de l’Isle qui vient de bénéficier d’une magnifique restauration de ses tentures de cuir doré.

Béatrice Peyrani

 

Audrey Hepburn: «Un instant de grâce »…en Suisse aussi.

71PrgWnDQyL._SL1240_C’est à Dublin, en Irlande, que se déroule l’histoire du dernier roman de Clémence Boulouque : « Un instant de grâce ». Mais, c’est en Suisse que son héroïne, l’actrice Audrey Hepburn, avait retrouvé le bonheur dans les prés avec ses enfants, non loin de Morges.

Dans « Un instant de grâce », qu’elle publie ces jours ci chez Flammarion, Clémence Boulouque imagine les retrouvailles d’un homme et de sa fille après trente ans d’absence. Le père est un déserteur de la vie. Il a flirté autrefois avec le nazisme. Un mauvais jour de mai 1935, il a quitté femme et enfant. Il est aussi taiseux que sombre. Sa fille, justement, il la retrouve pour la première fois, en cet été 1964. Elle s’appelle Audrey Hepburn. C’est l’actrice lumineuse et virevoltante de « Vacances Romaines », « Sabrina » ou « Diamants sur Canapé ». C’est une star, une vraie.

Le mari d’Audrey à l’ époque, l’acteur Mel Ferrer a organisé la rencontre, raconte Clémence Boulouque, dans un salon de l’hôtel Shelbourne, le plus chic et discret de Dublin. Ce petit monde sera à l’abri des journalistes et paparazzi qui épient les moindres faits et gestes de la sublime actrice.

Pourquoi alors face à Joseph Victor Anthony Ruston Hepburn, Audrey se sent elle si illégitime? Elle, l’icône d’Hollywood, l’actrice Oscarisée? La fille du renégat ne serait elle en réalité qu’une danseuse ratée ? Une usurpatrice qui aurait tout simulé  : élégance, talents, amour de la vie.

L’amour de la vie, Audrey Hepburn, l’a arraché avec une volonté de fer, trop heureuse d’avoir douté du bonheur en vain. « Les gens, plus encore que les objets, doivent être restaurés, réhabilités. Il faut leur redonner vie, les faire revenir à soi, et leur pardonner : ne jamais jeter quiconque », lance t elle à un journaliste. Le pardon l’a-t-elle sauvé ? Mystères d’une résilience.

Clémence Boulouque dessine au fil de la rencontre entre Joseph et Audrey l’incroyable destin d’une jeune fille de bonne famille, rescapée de la guerre, devenue reine d’Hollywood, mais pas seulement. Elle raconte les blessures et les fêlures d’une orpheline ressuscitée. Ressuscitée non par la gloire mais la grâce. « La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir, et c’est elle qui fait le vide. », écrit Simone Weil.

Touchée par la grâce, la vraie Audrey Hepburn n’a plus jamais voulu douter du bonheur. Comme si la survivante des horreurs de la guerre, n’avait pas d’autre choix que d’être heureuse. Le bonheur, elle avait décidé de l’empoigner à bras le corps. Le bonheur, elle avait choisi de le vivre en Suisse, un pays, interdit de guerre, libre de tout enfermement. De sa maison à Tolochenaz prés de Morges, elle avait fait un refuge pour ses deux enfants. Un refuge qu’elle avait appelé « La Paisible ». Sauvée, la colombe n’avait pas pour autant oublié les orphelins de la guerre.

Nommée Ambassadrice itinérante de l’Unicef en 1989, l’actrice a consacré les dernières années de sa vie à se mobiliser pour eux sur tous les continents. Audrey Hepburn repose en paix depuis 1993 dans le cimetière de Tolochenaz.

Béatrice Peyrani

 

« Pas de dernier métro » pour le couturier Robert Piguet

CPiguet_couv_BD_391txgd 2inquième enfant d’une dynastie suisse d’hommes politiques et de banquiers, l’enfant rêveur d’Yverdon a créé l’une des maisons de couture les plus en vue du Paris des années 30. Ami du poète Jean Cocteau, ce défricheur de talents a fait débuter dans ses ateliers les jeunes Christian Dior et Hubert de Givenchy. Ce n’est pas le moindre talent du styliste helvétique. Cinquante ans après leur création ses parfums « Bandit » ou « Fracas » connaissent encore le succès! Une biographie la première du genre, illustrée par de superbes photos et dessins rend hommage à ce timide surdoué.

Novembre 1940, les élégantes parisiennes se pressent en vélo taxi au 3 Rond Point des Champs Elysées pour découvrir la dernière collection de Robert Piguet, l’un des couturiers les plus adulés de l’époque. Robert Piguet est né à Yverdon en Suisse, il appartient à une vénérable famille de banquiers et d’hommes politiques, mais à Paris, il est surtout reconnu comme l’un des créateurs les plus lancés de la capitale, ami du poète Jean Cocteau et du génial décorateur Christian Bérard.

En cet automne 1940, la guerre prive la France d’essence. Les aristocrates et grandes bourgeoises parisiennes ne peuvent plus faire fonctionner leurs automobiles Bentley ou Packhard mais qu’importe, les belles accourent dans les salons de la maison de Haute Couture pour admirer les nouvelles robes du soir créées par le Maître et baptisées «  Boléro », « Noël », « Béatrice » ou « Espoir ». Tout un programme….

Contrairement à Coco Chanel qui a préféré fermer sa maison dès 1939, Piguet, comme Lanvin, Worth, Paquin, Molyneux, Lelong, Schiaparelli ou Balenciaga vont maintenir l’activité de leurs maisons. Un pari risqué, critiquable mais qui s’explique semble-t-il surtout pour Robert Piguet par son souci de ne pas mettre à la rue ses employés. Près de 300 personnes travaillent directement pour lui. Les ventes de l’été 1939 ont été bonnes pour l’ensemble des maisons parisiennes et les clientes ont continué de commander comme pour conjurer les incertitudes du temps. Robert Piguet lui continue de surprendre. Aussi réaliste qu’imaginatif, il a dessiné pour sa collection automne 1939 le très remarqué et pragmatique modèle « Saute en Cave », combinaison de lainage gris avec pèlerine à capuchon, transformable en…couverture.

Malgré l’époque trouble et morose, le couturier suisse connaît toujours le succès nous apprend Jean-Pierre Pastori, auteur de la première biographie consacrée à Robert PiguetUn prince de la mode, qui vient de sortir aux éditions de la Bibliothèque des Arts. Avec ses modèles «Permission», «Service Secret» ou «Dernier Métro», Piguet agite les gazettes, mais il n’est pas dupe. «Il y a encore deux trois folles pour penser à leurs robes, mais leur nombre va décroissant», écrit-il à une de ses amies.

Comme des millions de Français, lorsque l’invasion a eu lieu, les couturiers ont pris d’abord le chemin de l’exode, tentant pour beaucoup de s’installer à Biarritz, mais après la débâcle, ils sont vite revenus à Paris même si la vie commence à y être difficile. De son coté, l’occupant nazi souhaite faire de Berlin la nouvelle capitale de la mode et entend y …transférer les couturiers établis dans la capitale pour réaliser ce nouveau dessein. Que nenni, les créateurs parisiens, Lucien Lelong, en tête font la sourde oreille. Les sanctions sont immédiates pour tous, rationnement et contingentements des tissus et des matières premières. Piguet continue donc vaille que vaille, tentant d’abord de vendre ses collections en zone libre à Cannes ou Lyon puis travaillant par la suite souvent…gratuitement pour ses amis artistes.

Ainsi Robert Piguet donne -t-il un coup de main son ami Jean Marais pour les costumes de Britannicus, présenté sur la scène des Bouffes Parisiens ave Serge Reggiani et Gabrielle Dorziat. Très lié avec le décorateur de théâtre Christian Bérard, en 1934 Piguet avait déjà mis à la disposition de celui-ci ses ateliers pour la fabrication des maquettes de « La Machine Infernale » de Jean Cocteau. Pendant la guerre et après la guerre, Robert Piguet va habiller de nombreuses actrices sur scène et à la ville comme Michèle Alfa, Arlette, Marie Déa, Jeanne Moreau ou Edwige Feuillère.

A la différence d’une Chanel ou d’un Christian Dior, que Piguet a fait débuté en 1938 (il n’y restera que pour trois collections, étant mobilisé en 1939), le style Piguet s’est lentement effacé des tablettes de la Haute Couture, peut-être par excès de créativité comme le note le Figaro en novembre 1937 : « à chaque nouvelle collection, Robert Piguet tourne résolument la page; il enrichit la mode d‘aspects originaux et met le chroniqueur en face d’idées neuves…». Mais il aura su flairer le talent des plus grands comme Hubert de Givenchy qui lui aussi aura débuté chez cet esthète aussi élégant que discret. «Le style Piguet était sobre, simple, raffiné, le vrai bon goût », écrit ce dernier dans la préface de l’ouvrage de Jean-Pierre Pastori. «Piguet savait qu’il n’y a d’élégance que dans la simplicité et me l’apprenait. Je lui dois beaucoup, et tout d’abord de m’avoir fait confiance alors que j’avais encore très peu d’expérience», reconnaît pour sa part Christian Dior, le créateur du New Look , dans ses mémoires. Belle reconnaissance de la part de deux des plus grands couturiers du XXème siècle !

Malade, Robert Piguet décide en 1951, faute de successeur idéal de fermer sa maison pourtant très prospère, il meurt à l’hôpital cantonal de Lausanne, le 21 février 1953. Mais cinquante ans plus tard son nom continue de briller sur les étagères des parfumeries du monde entier avec ses fragrances au nom aussi espiègle et inattendu que « Bandit » ou « Fracas ». Des noms aussi non conformistes et iconoclastes que leur créateur. Sacrée revanche pour l’ancien écolier rêveur de l’Ecole Nouvelle de Lausanne !

Béatrice Peyrani

Pour en savoir plus : Robert Piguet Un Prince de la mode – Jean Pierre Pastori, préface de Hubert de Givenchy

Défilé de mode à la Maison Robert Piguet:

 

 

Courir à la visite guidée « Des Seins à dessein »

Des-seins-à-desseinNe manquez pas les derniers jours de cette audacieuse exposition d’art contemporain, la troisième du genre organisée par la Fondation Francine Delacrétaz, qui se mobilise en faveur des femmes atteintes d’un cancer du sein.

Du cancer du sein, il en est bien question dans cet accrochage, mais sans crash, voyeurisme ou larmoiement. A l’impossible, une quarantaine d’artistes d’horizon très différents, comme le photographe Matthieu Gafsou, les peintres Cendrine Colin, Céline Burnand, Ghislaine Portalis se sont attaqués. Pari gagné, ils livrent des œuvres sensibles et pleines de poésie dédiées « aux muses blessées ». A découvrir vite. Profitez de la dernière visite guidée, samedi 7 novembre, 15 heures, place de la Riponne, elle sera gratuite.

« Passe-moi les jumelles » sur la RTS

UnknownA ne pas manquer le vendredi sur la RTS à 20h10, un voyage au fil du Rhône.
Ecouter le clapotis d’un ruisseau de montagne, deviner le chant d’un oiseau, méditer sur le vent qui s’engouffre sous le préau d’un lavoir de montagne. Non, vous ne rêvez pas  vous regardez bien une
émission de la Radio Télévision Suisse : «Passe-moi les jumelles». Diffusé tous les vendredis à 20h10, ce magazine fait pour le moins figure d’OVNI dans le paysage audiovisuel francophone. Il y est question d’éloge de la lenteur, de beauté des paysages, de silence. Un programme pour le moins incroyable. Et pourtant passé la première minute d’incrédulité, nul doute, « Passe-moi les jumelles » ne peut pas se rater. Prendre son temps pour regarder le bleuté irisé d’une moraine, remonter le fil d’un torrent, suivre le long et patient pétrissage d’un boulanger des montagnes, à une heure où les autres chaînes préfèrent enquiller journaux télévisés et séries policières est en cette rentrée 2015 un vrai luxe. Profitons alors pendant quatorze semaines, Virgine Brawand nous propose une balade au fil du Rhône qui naît en Suisse dans le massif du Gothard pour se jeter 800 kilomètres plus tard dans la Méditerranée à Port-Saint-Louis du Rhône.

Béatrice Peyrani

Heureux comme les Suisses. Le pays se classe en tête du classement des Etats où il fait le meilleur bon vivre.

C’est le constat sans appel de chercheurs* qui pour passer au filtre du bonheur 158 Etats ont retenu six critères: le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé, le soutien social, la liberté dans ses choix de vie, la confiance calculée en fonction de l’absence de corruption politique ou dans les affaires, et la générosité. La France ne se classe dans ce même palmarès…que 29 ème!

*écrit par un groupe d’experts indépendants et publié par le SDSN -Sustainable Development Solutions Network, Réseau pour des solutions de développement durable.